CE QUE NOUS SOMMES


CE QUE NOUS SOMMES


Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires

(Oinoleboso)

Des enfants, des jeunes et des adultes organisant ensemble des ateliers dans tous les domaines des savoirs, utiles aux luttes humaines pour une vie digne et solidaire (chansons solidaires, poésies, histoires et récits de vie, paroles habitées, résistances en milieu hostile, engagements, interventions politiques mais au service d'aucun parti, créations de toutes sortes...)

Les personnes animatrices ne font pas seulement des propositions dans l'atelier, elles les mettent en oeuvre, elles aussi, au coude à coude, à égalité avec les participantEs de tout âge et de tout horizon.

Les responsabilités au sein du Comité sont tirées au sort chaque année au moment de l'A.G.

Nous sommes partie prenante d'un réseau informel d'associations et de personnes entre lesquelles des passerelles, des ponts, des tissages existent. Voici la liste des groupes amis avec lesquels nous travaillons actuellement: Réussir Ensemble, Les Passeurs de Souffle, Cultures 21, La Ligue des Droits Humains, Le Front Social 57, Le Gueulard Bar Culturel de Nilvange, Mouveloreille, Stop Knauf Illange, Le Collectif de personnes et d'associations animant la fête du 1er mai... avec les Communes d'Algrange et Knutange


CE QUE NOUS VOULONS

- La justice solidaire jusque dans les détails.

- La considération véritable de la parole, de l'expression (sous toutes ses formes) de chaque personne, de chaque groupe et de chaque peuple.


Pour nous joindre : oinoleboso@gmail.com



mercredi 30 décembre 2015

Prendre le temps de penser ce qui nous arrive, en profondeur

"Penser les meurtres de masses" Alain Badiou

Article et vidéo indiqués par Marie-Claude.

Extrait de la conférence donnée le 23 novembre à Aubervilliers
                        (au Théâtre de la Commune)

(...)Alors, pour parer à ces trois risques, je pense qu'il faut parvenir à penser ce qui est arrivé.

Partons d’un principe : rien de ce que font les hommes n’est inintelligible. Dire : « je ne comprends pas », « je ne comprendrai jamais », « je ne peux pas comprendre », c’est toujours une défaite. On ne doit rien laisser dans le registre de l'impensable. C'est la vocation de la pensée, si l’on veut pouvoir, entre autres choses, s'opposer à ce qu’on déclare impensable, que de le penser. Bien entendu, il y a des conduites absolument irrationnelles, criminelles, pathologiques, mais tout cela constitue pour la pensée des objets comme les autres, qui ne laissent pas la pensée dans l’abandon ou dans l'incapacité d'en prendre la mesure. La déclaration de l'impensable c'est toujours une défaite de la pensée, et la défaite de la pensée c'est toujours la victoire précisément des comportements irrationnels, et criminels.

Je vais donc tenter ici devant vous, une élucidation intégrale de ce qui est arrivé. Je vais en quelque sorte traiter ce meurtre de masse comme un des nombreux symptômes actuels d’une maladie grave du monde contemporain, de ce monde dans son entier, et je vais essayer d'indiquer les exigences ou les chemins possibles d'une guérison à long terme de cette maladie, dont la multiplication des événements de ce genre dans le monde est un symptôme particulièrement violent et particulièrement spectaculaire.
Cette volonté d’élucidation intégrale va commander le plan de mon exposé, sa logique.
Je vais d'abord tenter d'aller de la situation d'ensemble du monde telle que je la vois, telle que je crois qu'on peut la penser synthétiquement, aux crimes de masse et à la guerre qui, du côté de l’État, a été prononcée ou déclarée. Et puis, je vais remonter de là, par un mouvement inverse, vers la situation d'ensemble non plus telle qu'elle est, mais telle qu’il faut désirer qu'elle devienne, vouloir et agir pour que de semblables symptômes disparaissent.

Dans un premier temps notre mouvement ira donc de la généralité de la situation du monde à l’événement qui nous importe, puis nous reviendrons de l’événement qui nous importe à la situation du monde telle que nous l’aurons éclairée. Ce mouvement d’aller-retour devrait nous permettre d’indiquer un certain nombre de nécessités et de tâches.

Il comportera sept parties successives. Vous en avez donc pour un moment ! (...)

Voici la vidéo, 

Alain Badiou "Penser les meurtres de masse" :






Pour recevoir le texte de cette conférence 
écrivez-nous: oiselles@laposte.net




vendredi 11 décembre 2015

Une autre manière de dire l'égalité et la fraternité

Vidéo transmise par Dominique (Passeurs de Souffle)

L'urgence invoquée pour imposer un point de vue et faire taire les intelligences.

Ne pas confondre "comprendre" et "justifier"

Photo Oinoleboso

Entretien
Bernard Lahire, sociologue
Marion Rousset
lettre telerama 06/12/15

Depuis les attentats du 13 novembre, le flot des commentaires ne s'est pas tari. Certains d'entre eux – dans la classe politique notamment, et récemment encore dans la bouche de Manuel Valls – remettent en cause de façon plus ou moins directe les travaux de sociologie soupçonnés d'« excuser » les horreurs perpétrées par les auteurs des attentats. La réponse du sociologue Bernard Lahire, qui publie justement, en janvier, un essai intitulé Pour la sociologie. Et pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse » (éd. La Découverte, 2016).

Que vous inspirent les récents propos du Premier ministre Manuel Valls qui ne veut plus que l’on cherche d’« excuse sociale, sociologique et culturelle » au terrorisme ?
Un premier ministre qui lance au Sénat le 26 novembre 2015 qu’il en a « assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s'est passé », non seulement confond « justifier » et « comprendre », mais dénie toute légitimité à la connaissance. C’est donc à la fois l’expression d’une profonde ignorance quant à ce que font réellement les chercheurs en sciences sociales, et la victoire du registre émotionnel et guerrier. Savoir comment nous en sommes arrivés là n’aurait aucune espèce d’utilité, il s’agirait juste de désigner le mal et de le combattre. Si Manuel Valls veut par là prouver aux électeurs de droite et d’extrême droite qu’il est intransigeant, c’est un populisme très dangereux. Mais c’est surtout le signe d’une grande confusion intellectuelle et d’un abandon de l’idéal de connaissance des Lumières.

Les attentats comme ceux qui viennent d'avoir lieu sont-ils des événements propices aux procès faits à la sociologie ?
Oui. Cela fait au moins quinze ans que ça dure en France. Attentats, émeutes ou crimes sont immédiatement suivis de déclarations politiques très musclées qui accusent ceux qui ne font qu’apporter des éléments de compréhension des faits. Les savants sont soupçonnés immédiatement d’identification avec les criminels et on leur prête, à tort, l’intention de les excuser.

Après les attaques perpétrées notamment contre Charlie Hebdo en janvier 2015, son ancien directeur Philippe Val s'en était déjà pris au « sociologisme »...
Philippe Val a consacré un livre entier à ce « mal » qu’il désigne sous le qualificatif de « sociologisme ». Mais derrière la critique du « sociologisme » se cache en vérité une haine de la sociologie. Avec un livre pareil, on assiste à une désignation très claire de l’ennemi à combattre dans l’esprit de certains : la sociologie et plus généralement les sciences sociales. Hélas, Philippe Val montre surtout dans ce livre qu’il ne connaît à peu près rien de ce que font les sciences sociales. Il s’invente un adversaire inexistant, censé dominer progressivement les esprits des acteurs politiques, des journalistes, des cinéastes, des écrivains, etc., puis se bat contre cette fiction. C’est pathétique et pourrait même prêter à rire si cela n’avait aucun écho.

Le terme d'« excuse sociologique » apparaît dans la bouche d'un homme politique, Lionel Jospin, en 1999. Cette critique a donc une déjà longue histoire ?
L’idée du « No excuse » était présente depuis longtemps aux Etats-Unis. Ce thème de l’« excuse sociologique » est dans tous les cas à mettre en lien avec le développement des sciences sociales qui ont accompli, au cours du XXe siècle, un formidable effort de connaissance. Et l’on sait – pensez à Giordano Bruno ou à Galilée – que tout effort de connaissance déclenche des résistances.

Comprenez-vous, malgré tout, le besoin d'invoquer la responsabilité individuelle des auteurs de graves violences, ne serait-ce que pour pouvoir juger leurs actes devant un tribunal ?
La Justice préfère le plus souvent juger des individus que des institutions ou des groupes, en ramenant les actes criminels à la « responsabilité » de ceux qui les ont commis. Mais rechercher les « causes », les « conditions de possibilité » et surtout les « processus » qui ont conduit à une situation d’attentat ou de crime n’a effectivement rien à voir avec une recherche des « responsables » ou des « coupables ». Le problème est que l’on rabat aujourd’hui la science sur le droit. En accusant les sociologues, dont le travail consiste à comprendre ce qui se passe lorsqu’il y a délits ou crimes, d’« excuser » ces mêmes délits ou crimes, on fait comme s’ils étaient dans le tribunal et qu’ils demandaient l’acquittement des criminels. Mais nous ne travaillons pas dans un tribunal. On peut, d’une part, chercher à comprendre et, d’autre part, penser qu’il faut juger et punir. L’un n’empêche pas l’autre. Mais juger et punir ne devrait pas interdire de porter un regard scientifique un peu serein sur les faits. Ce sont deux ordres de réalité totalement différents. On nous reproche de « déresponsabiliser » les individus qui commettent des crimes, alors que nous ne faisons que replacer leurs actions dans une histoire personnelle et collective, parfois de très longue durée. Les chercheurs sérieux reconstruisent les conditions de possibilité des actes, contextualisent et relient les faits commis par des individus singuliers à toute une série d’autres faits. Cela n’a aucun sens de nous accuser de « déresponsabiliser » les criminels : la science n’a ni à désigner des responsables ni à dédouaner les individus de leur responsabilité.

Et êtes-vous d’accord avec l'idée qu'il puisse y avoir une chronologie à respecter : un temps pour l'émotion et un autre pour l'explication ?
Le premier temps de réaction à des événements horribles est nécessairement émotionnel. Mais les représentants politiques devraient justement avoir pour rôle de s’efforcer de faire passer du registre de l’émotion à celui de la raison. Si l’on reste dans l’émotion, l’affect, la tristesse et surtout la colère, on ne peut qu’entrer dans des logiques immédiates de guerre – « œil pour œil, dent pour dent » – sans se demander si ce n’est pas le but recherché par les commanditaires des attentats. Nos responsables politiques ont tendance à refuser toute explication. Pourtant, le temps des explications doit nécessairement reprendre le dessus pour pouvoir imaginer politiquement les choses à faire, afin d’éviter que ça ne recommence.

La sociologie peut-elle avoir tendance à sous-estimer d'autres causes – psychologiques, religieuses, etc. – en focalisant sur les déterminismes sociaux ?
La sociologie fait son travail et n’interdit pas à d’autres sciences d’étudier les mêmes réalités qu’elle. Chaque domaine de savoir peut contribuer à une meilleure compréhension des faits. Ceci dit, la représentation que l’on se fait de l’explication sociologique est souvent très datée et parfois totalement erronée. Par exemple, quand on oppose les explications « culturelles » ou « religieuses » aux explications « sociologiques », on fait comme si les sociologues expliquaient tout par le « milieu social » ou la « classe sociale », alors que les réalités culturelles ou religieuses sont des faits sociaux et étudiés comme tels. Par ailleurs, cela fait aussi très longtemps que les sociologues intègrent dans leurs champs d’intérêt des questions encore souvent associées dans l’esprit des gens à la psychologie : les structures mentales, les structures de la personnalité, les motivations ou les désirs, etc. Il suffit de lire Durkheim, Weber, Elias ou Bourdieu pour s’en convaincre.

Ceux qui critiquent la sociologie le font souvent au nom de l'efficacité de l'action. Est-ce le signe d'un anti-intellectualisme ambiant ?
Il y a de ça, oui. On enferme les intellectuels dans une sorte d’« irresponsabilité » de « gens inactifs » qui contrasterait avec la « responsabilité » des « gens d’action ». Mais il faut se poser la question de savoir à quoi mène une action irréfléchie conduite par les seuls affects. Si on refuse de chercher à comprendre ce qui se passe, on ne peut que penser en termes de destruction du mal. Un mal décrit alors comme forcément inhumain, extérieur à nous et ne pouvant être combattu que par la force. La connaissance scientifique, elle, permet d’ouvrir le champ d’actions possibles.

mardi 24 novembre 2015

Une émotion retenue, digne... C'est possible même à la télévision.

En attendant de mettre, sur ce blog, un choix d'articles et de références contradictoires, concernant les attentats ici en France et ailleurs.





mercredi 11 novembre 2015

Assemblée des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires

Une autre occasion de nous rencontrer...

... à l'Escale 1 rue de Bretagne 57970 YUTZ...


samedi 24 octobre 2015

Classe Solidaire Ouverte à Toutes et Tous

Dessin et photo Oinoleboso




Notre liberté commence là où commence celle des migrants. Un texte d'Alessandro Portelli
05 AOÛT 2015 |  PAR CHARLES HEIMBERG Blog Médiapart
« On n’entre pas à Lam­pe­dusa. On ne sort pas de Calais. On ne passe pas à Ven­ti­mi­lle. De la Ser­bie à Buda­pest, on voyage dans des wagons plombés. À Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en terre d’Afrique, comme à la frontière entre Bulgarie et Turquie, ou à la frontière entre Hongrie et Serbie, des murs et des grillages s’élèvent.» (Alessandro Portelli, Il Manifesto, 30 juillet 2015)

Alessandro Portelli a enseigné la littérature américaine à la  Facoltà di Scienze Umanistiche de l’Université La Sapienza de Rome. Grand spécialiste de l'histoire orale, il est l'auteur d'un livre magnifique sur l'histoire de la mémoire du massacre des Fosses Ardéatines (335 civils italiens, des otages qui étaient prisonniers, tués par les troupes d'occupation nazies à Rome le 24 mars 1944), L’ordine è già stato eseguito (L'ordre a déjà été exécuté), Rome, Donzelli editore 1999, 2001, dont l'introduction a été traduite en français par Olivier Favier (ici).
L'oeuvre de Portelli contribue de manière décisive à nous faire prendre en compte la voix des subalternes et des sans-noms (voir son blog). Par son engagement politique et culturel de longue durée, il défend un humanisme généreux, critique et curieux dont il a encore fait la preuve tout récemment dans un éditorial du quotidien italien Il Manifesto consacré à la crise migratoire européenne.
Vous en lirez ci-dessous la traduction française, établie avec son accord, un très beau texte auquel le traducteur n'a rien à ajouter...
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Notre liberté commence là où commence celle des migrants
Migrants et frontières. Les blessures d’Europe
par Alessandro Portelli
On n’entre pas à Lam­pe­dusa. On ne sort pas de Calais. On ne passe pas à Ven­ti­mi­lle. De la Ser­bie à Buda­pest, on voyage dans des wagons plombés. À Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en terre d’Afrique, comme à la frontière entre Bulgarie et Turquie, ou à la frontière entre Hongrie et Serbie, des murs et des grillages s’élèvent.
Petit à petit, l’Europe retrouve ses racines : frontières inviolables, égoïsmes et préjugés nationaux et raciaux, héritage d’un siècle et demi de colonialisme, conséquences de guerres disséminées au tournant du troisième millénaire, effets de la pensée unique occidentale sous forme de libéralisme effréné. Le tunnel de Calais en est une métaphore éclatante : pensé pour unir, il est devenu une barrière infranchissable, une cloison pour qui n’a pas l’argent du billet – et même une barrière entre qui a et qui n’a pas cet argent.
Écrivant à propos d’une autre frontière et d’un autre mur - celui entre les Etats-Unis et le Mexique, l’auteure chicana Glo­ria Anzal­dúa con­clut : la frontière « es una herida abierta », c’est une blessure ouverte, où le Tiers Monde se frotte au Premier et saigne. Comme le Rio Grande et le mur qui le côtoie, Lampedusa, Calais, Ventimille sont des blessures ouvertes, la frontière sanguinolente entre un Premier Monde toujours plus sauvage et un Tiers Monde qui n’en peut plus de supporter la faim, la guerre, les dictatures comme des destins inéluctables, et qui vient nous en présenter la facture.
Maintenant ces deux mondes ne se frottent plus seulement à leurs frontières, mais dans l’Europe même, et ils la font baigner dans le sang ; mais le sens en est toujours le même : le caractère insupportable d’un monde dans lequel les richesses et les ressources se répartissent d’une manière toujours plus injuste et inégale.
Il fut un temps où la gauche s’occupait de ces injustices. Aujourd’hui, nous dit-on, les idéologies sont finies ; mais la lutte des classes continue, sous des formes insolites et dramatiques. D’un côté, cette guerre de classe des riches contre les pauvres sur laquelle Luciano Gallino a écrit avec tant d’éloquence [La lotta delle classi dopo la lotta delle classi, en 2012, n.d.t.] (ce dont l’affaire grecque constitue une variante emblématique).
De l’autre côté, la lutte plus ancienne des pauvres pour obtenir eux aussi ce qu’ont les riches : l’immigration de masse est justement cela en fin de compte (et l’a toujours été), l’arme extrême des damnés de la terre pour un accès minimal aux biens de la Terre sur laquelle nous vivons tous.
Contrairement aux forme de lutte et aux conflits sociaux du siècle dernier, cette lutte n’est pas motivée par le projet d’abattre le système, mais par le besoin de le partager ; non pas par l’hostilité, mais par le désir, par le rêve, voire même par une sorte d’amour idéalisé.
Sauf que, puisque le système qu’ils voudraient partager est en réalité fondé sur de l’égoïsme et de l’exclusion, leur demande de partage en met à nu les limites et les hypocrisies, et impose véritablement le changement, raison pour laquelle l’Europe la perçoit comme une invasion et une menace en cherchant à la stopper par tous les moyens possibles.
Cependant, vouloir mettre fin à un tel mouvement historique, c’est comme essayer d’arrêter la mer avec les mains.
Il est difficile de dire comment nous pourrions jouer un rôle dans cette nouvelle lutte des classes. Le travail de nombreuses formes de volontariat et de secours d’urgence est précieux, il aide, il sauve des vies, il crée des relations ; mais les dimensions du drame demeurent jusque-là bien supérieures aux forces que l’on peut mobiliser par soi-même.
Je crois que nous devons de toute façon tous accepter que nos vies ne peuvent plus continuer comme cela, comme si de rien n’était, y compris avec juste un peu plus de tolérance et de bienveillance. Ni nous ni les migrants ne pouvons plus nous sauver tout seuls : ceux qui disent “Les Italiens d'abord !” n’ont pas compris que nous avons tous besoin des mêmes choses - maison, travail, santé, école, droits, toutes ces choses que les migrants recherchent et que nous sommes nous-mêmes en train de perdre petit à petit, et que nous pourrions peut-être sauvegarder et récupérer tous ensemble, pour tous.
Nous devons faire retrouver à la démocratie sa signification la plus profonde, qui ne se trouve pas dans la politique ou les institutions, mais dans les êtres humains : une démocratie conçue comme solidarité, comme capacité de reconnaître notre propre humanité dans l’humanité des autres.
Y a-t-il encore quelqu’un qui travaille là-dessus ?
Un texte sacré de la pensée libérale disait : ma liberté prend fin là où commence celle de mon voisin ; ce qui est précisément une invitation à voir ce voisin, surtout s’il est différent et nouveau, comme une limite à sa propre liberté, comme un obstacle et un ennemi potentiel.
Je crois que nous devrions reformuler ce texte : notre liberté commence là où commence la liberté de notre voisin, nos droits et ceux des migrants sont à jamais inséparables, notre liberté à tous finit, et commence, à Lampedusa, Vintimille et Calais.
Il Manifesto, éditorial du 30 juillet 2015
Traduction : Charles Heimberg (Genève), avec l’aimable autorisation d’Alessandro Portelli que je remercie

vendredi 26 juin 2015

Comment la confiance vient en son écriture unique

Photo Oinoleboso

Alors elle revient aux carnets. 

Doucement d’abord. Comme à la dérobée. 
Fautive. 
Dans les premières pages, elle colle des photographies de l’enfant.
 Puis, un peu plus loin, des fragments de peinture.
 Avec parfois une phrase d’un livre aimé.
 Un galet dans l’eau vive des lectures. 
Les images se font plus rares. 
Les phrases s’agrandissent. 
Toujours des citations –qu’elle corrige quelquefois.
 Elle dit : rectifié. Ça, c’est du Paul Eluard rectifié. Et ça, de l’Apollinaire, rectifié aussi.
 Elle change un mot, exile une virgule pour atteindre plus de fraîcheur.
 La convalescence se poursuit. 
La greffe prend bien. 
Elle renoue peu à peu avec sa voix, d’abord couverte par celle des autres.
Enfin elle n’écrit plus qu’elle-même.
 Seule et chantante. Désespérée et riante.
 L’enfant sommeille dans la chambre à côté. 
L’enfant qui bientôt la quittera.

Extrait d'Une Petite robe de fête de Christian Bobin
 Première parution en 1991. Collection Folio (n° 2466), Gallimard. 

Allez aussi sur Rhizomes qui publie d' autres textes de Christian Bobin


  30 ans cette année que je vis des ateliers d'écriture et de 
création d'abord dans le Gfen (Groupe Français d'Éducation 
Nouvelle "Toutes et Tous Capables") et, depuis 2005, dans 
les Oinoleboso ("Jamais Nommées de l'histoire nous sommes 
toutes des personnes historiques").


  Ce que Christian Bobin écrit là me semble correspondre à 
notre parcours, toutes ces lectures, créations, nourritures  
partagées. Dès que nous lisons nous réadaptons à ce que 
nous sommes, nous le modifions peu à peu et enfin nous 
prenons en considération véritable cette voix unique au 
fond de nous, unique et solidaire. Tout le monde le fait en lisant,
 mais c'est d'en avoir conscience qui fait la différence. Nous devons 
comprendre mais aussi transformer le monde: le lire et aussi 
l'écrire.


Marie-Claude nous a fait vivre un atelier Gfen appelé 
"Bricolage Littéraire" où, par les consignes données 
(ressemblant à un jeu) et les coopérations entre  
participantEs,  nous finissions par écrire
vraiment de manière originale et solidaire.   René

lundi 15 juin 2015

Charité ou Solidarité jusqu'au bout?


Extrait de "Citoyen du monde" (Partisan d'un monde sans frontières)

ACTE I: Je n'ai pas d'hymne guerrier, pas de patrie, pas de président
               Je n'ai aucune armée que celles et ceux qui veulent combattre
               pour l'amour en dépit des lois de l'argent
               Je n'ai pas d'hommes à exploiter, pas de richesses pour mon compte
               Je n'ai pas de territoire à défendre contre ces pauvres gens qui
               viennent des quatre coins de monde

Et si on devait crever de faim ici tous ensemble, soyez les bienvenus
Plutôt mourir que de vivre dans l'abondance, couverts de vêtements
quand tellement d'autres sont nus (...)

     HK et les Saltimbanks  Ed. Universal Publishing



jeudi 11 juin 2015

Plume d'Ange et Plume d'Oie


Il y a urgence à rêver et à créer dans le quotidien un monde plus digne, plus juste, plus humain. Le militantisme n'est pas réservé à une élite... René Renato Oinoleboso

mardi 12 mai 2015

Une nouvelle association "Savoirs en action"

Voici le courrier que nous avons reçu:

États généraux des sciences sociales critiques


Brisons les vieux engrenages


Cher-e-s ami-e-s,

en janvier, les États généraux des sciences sociales critiques avaient fortement exprimé l’envie que nous continuions à travailler ensemble - en dépassant notre éparpillement pour construire (enfin) un espace de débat et une force collective.

C’est ce souhait que la mise en place de l’association « Savoirs en action » voudrait pouvoir prolonger. Nous travaillons depuis février à sa formation. L’Assemblée Générale constitutive se tiendra samedi 6 juin, de 10h30 à 17h, Bourse du Travail République, rue du Château d’Eau, à Paris, salles Varlin (pour les plénières), Pottier, Pelloutier et Ferrer (pour les commissions).

Accepteriez-vous de faire partie des premiers signataires de l’Appel pour la mise en place de « Savoirs en action »? Nous en serions très heureux. Cet appel va être mis en circulation public la semaine prochaine.

L’Appel mentionne la constitution d’ « Ateliers nomades », vous trouverez également plus bas quelques-unes des premières réflexions concernant leur éventuel fonctionnement.

Acceptez-vous de lancer avec nous l’Appel « Savoirs en action »?

Nous voudrions absolument que cette association et ses premiers signataires puissent regrouper non pas seulement des universitaires (de toutes disciplines) mais des syndicalistes, des salarié-e-s, des enseignant-e-s, des journalistes, des précaires...

Bien amicalement



Photo Oinoleboso

Appel « Savoirs en action »

L’ordre règne. Les inégalités se creusent de manière vertigineuse. Les rapports marchands colonisent des territoires pourtant longtemps préservés, de l’éducation à la santé, de la culture à l’environnement. De prétendus critères de rentabilité s’imposent désormais à tous les services publics. Tandis que les formatages publicitaires prolifèrent, la compétition et l’esprit d’entreprise sont des objets de culte à vénérer. Les solidarités sociales se détruisent sous l’effet d’une mise en concurrence généralisée. Le stress, l’anxiété et parfois l’angoisse envahissent les existences, à l’heure où le burn out est en passe de devenir l’une des pathologies majeures de notre temps.

L’ordre règne, donc, et ses défenseurs renouvellent sans cesse les armes de sa domination. Responsables politiques et intellectuels à son service travaillent d’arrache-pied à faire croire qu’il irait de soi. Après avoir ordonné le silence sur les classes sociales et leurs luttes – comme si elles avaient disparu – et sur le mot même de « capitalisme » – à ne pas contester au point de ne même plus le nommer –, les gardiens de l’ordre misent sur la résignation en imposant leur doxa et leur jargon. Ces experts parlent du travail d’après son « coût », assimilent la protection sociale à des « charges », font passer des régressions pour des « réformes », opposent qui a un travail et qui n’en a pas, qui est né ici ou pas. Il faudrait donc acquiescer à cet ordre-là, à son organisation sociale fondée sur la course au profit et l’inégalité, sans autre forme de procès.

Au contraire, la critique a pour vocation de ne pas accepter le monde tel qu’il va. Elle se donne pour tâche de montrer ce qu’il y a de construction sociale, de rapports de force et de domination dans ce qui nous est donné pour « naturel » ou « évident ». Mais elle ne saurait s’en contenter. Il ne s’agit pas seulement d’interpréter le monde, mais de le transformer : la proposition reste vraie ; elle pose une tâche urgente. Collectivement, par le croisement de l’analyse et de la pratique, par la critique de ce qui est et l’expérimentation de ce qui peut être, il est possible de concevoir d’autres manières d’imaginer nos vies, notre rapport au temps, à l’éducation, au travail et à la création. « Il n’y a pas d’alternative » nous a-t-on longtemps martelé. Contre cette sommation à ne plus penser, un chantier, immense, est à explorer.

Certes, les difficultés sont nombreuses. Dans tous les milieux, la force des institutions, l’enrôlement à la pensée dominante, la concurrence et la précarité sont autant d’obstacles à surmonter. Le monde de la recherche en général, des sciences sociales en particulier, n’est évidemment pas épargné : il risque aussi sans cesse le surplomb, le monopole de la parole et la vanité que peut engendrer un système de compétition. Comprendre la production sociale de ces conditions, c’est déjà aider à les dépasser ; mais cela, encore une fois, ne suffit pas. Pour celles et ceux qui n’ont pas renoncé à la pensée critique, quels que soient leurs disciplines, leurs professions et leurs engagements, surmonter le sentiment d’isolement et parfois d’impuissance impose de se retrouver, de réfléchir et d’agir ensemble.

« Savoirs en action » se donne pour objectif de lutter contre les cloisonnements des connaissances. Cette association entend mettre en partage les savoirs, en faisant le constat que chacune, chacun, possède des savoir-faire, des formations, des connaissances nées de métiers, d’expériences et de luttes. Pour accroître notre compréhension du monde, il s’agit de les mutualiser et d’en faire un bien commun.

 Loin du postulat selon lequel seul.e.s certain.e.s auraient une parole autorisée, le projet est de rompre avec ce qui nous sépare, nous isole et nous enferme dans nos positions assignées comme s’il s’agissait de fatalités. Le principe de « Savoirs en action » est que chacun.e d’entre nous peut donner et recevoir du savoir.

Ce partage des apprentissages est ici conçu comme source de solidarité mais aussi comme ressource de lutte : à la joie possible d’apprendre ensemble se mêle la force de réagir et d’agir. Le nom de l’association le dit bien : ce sont des savoirs en action. Elle souhaite aussi revoir à cette aune les combats du passé, d’en faire une histoire et une mémoire vives, pour que de cette transmission naisse l’exploration de pratiques émancipatrices.

Concrètement, « Savoirs en action » proposera

• des ateliers rompant avec le dispositif classique d’une parole monopolisée devant un public passif. Ces ateliers, mettant en œuvre au contraire un partage des savoirs, mobiliseront chercheur.se.s, universitaires, enseignant.e.s, travailleur.e.s sociaux, syndicalistes, militant.e.s associatifs, artistes, salarié.e.s avec ou sans emploi, retraité.e.s. Ils pourront se tenir dans les bourses du travail, renouant ainsi avec leur vocation d’origine, mais aussi sous la forme de soirées-débats organisées avec des associations de quartiers ;
• des traces matérielles laissées de ces rencontres sous forme d’articles, de discussions, d’entretiens vidéos qu’accueillera le site de l’association ;
• un lieu fédérant et faisant connaître les différentes initiatives prises en ce sens ;
• l’écriture collective de livres, incisifs et bon marché, rassemblés au sein d’une collection ; et plus particulièrement une réflexion sur les programmes de l’enseignement, l’élaboration de contre-programmes et de manuels critiques ;
• des interventions sous forme d’ateliers itinérants, dont la mobilité permettra les rencontres et l’intervention dans les luttes, contribuant à nourrir un réseau réactif d’informations sur les mobilisations en cours.

Nous appelons chacune et chacun à rejoindre « Savoirs en action », en diffusant et en signant ce texte, et en participant à son Assemblée Générale de lancement, le samedi 6 juin 2015 à la Bourse du Travail République, rue du Château d’Eau, à Paris, de 10h30 à 17h

Photo Oinoleboso


Ateliers Nomades 


« Savoirs en action » 

 

La connaissance libère. La connaissance est un droit. Il est urgent de s'en emparer, à tout âge, à tout moment. Elle est à mettre entre toutes les mains.
 
Toutes et tous, nous connaissons mille choses : des choses différentes, issues de nos formations différentes, scolaires ou non, et de nos existences. Nous voulons mettre en commun ces connaissances pour élargir notre compréhension du monde : c’est l’objectif et l’objet des Ateliers Nomades.



Les Ateliers Nomades proposeront des rencontres sans hiérarchie, des rencontres d’ordinaire très rares, entre salariés, chômeurs, retraités, syndicalistes, historiens, sociologues, économistes, juristes… Où chacune et chacun partagera ce qu’il sait.
 
Les résultats et les outils forgés par les sciences sociales peuvent aider à lutter contre les violences et les dominations de toutes espèces. Mais à l’heure actuelle, alors qu'il en est tant besoin, ils ne sont ni diffusés ni partagés. Réduits, au mieux, à n’être que des « savoirs scolaires » (par ailleurs, de plus en plus remis en cause), leur force de subversion apparaît mal.

Les Ateliers Nomades ne fonctionneront pas « comme à l’école » ou« comme à l’université ». Dans les Ateliers Nomades, ne seront pas professées des leçons, sur le ton de l’évidence. Tout à l’inverse. Les sciences sociales ne peuvent servir, les savoirs critiques qu’elles fabriquent ne peuvent être utilisés que si nous toutes et tous, quelle que soit notre formation (sans BEPC ou avec Bac+12), discutons ensemble des manières de produire des connaissances.
 
Notre conviction est simple, mais ambitieuse. Nous croyons qu’échanger nos savoirs permettra d’en savoir davantage. Ce qui constitue un défi lancé aux structures sociales qui nous enferment dans nos positions, nous séparent, nous isolent, rendent les un-e-s légitimes et les autres illégitimes.
 
A celles et ceux qui ont eu un parcours scolaire écourté et considèrent qu’apprendre n’est pas pour eux, les Ateliers Nomades montreront le contraire. Trop souvent, des jeunes diplômés restent désarmés face aux concurrences dans le monde du travail, et en viennent à penser qu'étudier ne sert à rien : les Ateliers Nomades revaloriseront ce qu’ils savent et donneront l’appétit d’en savoir plus.

Trop longtemps, les chercheurs et les universitaires se sont peu souciés de diffuser leurs résultats – ou alors, pleins de bonnes intentions, mais déversant des « paroles d’autorité », ils ne sont pas audibles par ceux que l’école a maltraités : les Ateliers Nomades leur offriront de présenter leurs travaux, de faire voir à quoi ils servent, et d’en débattre sans filtre ni sélection d’aucune sorte.


Les Ateliers Nomades autoriseront l’expression des paroles « ordinaires », jugées illégitimes à l’école et dans les universités.

Les Ateliers Nomades montreront qu’échanger davantage sur ce que nous savons aide à mieux résister aux relations de domination, que ce soit dans les entreprises, dans les industries culturelles, en politique, à l'école, dans l’existence quotidienne.

Les Ateliers Nomades seront des lieux de lutte contre toutes les résignations : résignation face aux inégalités de connaissance et de reconnaissance, résignation à « rester à sa place », parfois en « se faisant tout petit » et en « s’écrasant », résignation au fait d’être exclu des « mondes » qui parlent et qui décident.

Les Ateliers Nomades feront partager le plus largement possible une science qui dérange parce qu’elle dévoile l’arbitraire des hiérarchies, les mécanismes de leurs reproductions et leurs justifications.

Les Ateliers Nomades montreront que la connaissance ne se réduit pas aux « prêt-à-penser » célébrés par les institutions scolaires dominantes qui ont la puissance (matérielle et symbolique) de les consacrer et de les établir comme seul savoir légitime.

 
En actes, les Ateliers Nomades contesteront ainsi aux instances autorisées le monopole du savoir. 
 
Alors, qu'allons-nous faire ?
 

D'abord, on l’a compris, jeter aux orties l'idée que certains savent et d'autres pas. Personne n'a le monopole de la connaissance, de la distance critique, de la lucidité, de la compréhension des phénomènes sociaux. Les savoirs, même s’ils sont produits différemment, sont partout.

Chacune, chacun, en sait beaucoup sur les rapports de force, les difficultés, les souffrances, les solidarités, les bonheurs, les colères, les galères qui font le monde social.
 Chacun peut  apprendre aux chercheurs autant qu'il ou elle apprend d'eux.
Chacune, chacun, peut s’armer de savoirs trop souvent réservés aux « spécialistes » en dialoguant avec des historiens, des sociologues, des économistes, des juristes. Les salariés savent d’expérience ce que les chercheurs connaissent par leurs enquêtes, et les deux ne peuvent que s’enrichir mutuellement en échangeant récits, notions, instruments de pensée et d’action.
 Les formations, gratuites, ouvertes à tous, proposées par les Ateliers Nomades, privilégieront ces dialogues entre porteurs de savoirs différents. 
 

A la différence d’autres structures – et c’est clairement l’une de leurs raisons d’être – les Ateliers Nomades ne reproduiront pas les traditionnels rapports d'autorité entre enseignants et enseignés, ces « relations d’éducation » qui découragent parfois d’apprendre.
S’y développeront sans entraves des discussions par lesquelles – entre salariés, chômeurs, retraités, syndicalistes, historiens, sociologues, économistes, juristes, etc. – les apprentissages seront réciproques. Pas de cours magistraux : uniquement des séminaires. Pas d’effets oratoires : seulement des paroles accessibles. Pas de vocabulaire abstrait ou technique : des mots utiles à la meilleure compréhension de ses propres expériences et de celles des autres.


Ce partage des connaissances autorisera d'en savoir davantage sur nous-mêmes, sur les appartenances sociales, les situations, les relations, les histoires qui nous ont fabriqués, jusqu'à nous rendre malheureux ou heureux, isolés ou solidaires, résignés ou révoltés, et jusqu'à interdire ou permettre certaines destinées. Si chacun réussit à mieux se comprendre et à mieux comprendre le monde, si chacun parvient à se réapproprier une part de son histoire et perçoit à quel point elle s'entremêle à l'histoire des autres, alors apprendre ne sera pas de l’ennui, mais une joie ; la connaissance – celle qui est reconnue légitime – ne sera plus un instrument de pouvoir réservé aux élites, elle deviendra une arme critique à disposition de tous.



Statut, lieux et partenariats
 
Ces Ateliers Nomades, régis par la loi 1901, doivent trouver leur place dans un milieu déjà structuré d’offres de formation en concurrence les unes avec les autres, redondantes parfois, mais dont on sait qu’elles s’adressent, en priorité, aux plus formés. Ce qui n’est pas le cas des Ateliers Nomades.
 
Les organisations syndicales sont parvenues, de haute lutte, à créer leur propre formation interne, à investir des cursus de formation permanente, comme ceux du CNAM, et à mettre en place les ISST. C’est en jouant la carte de la complémentarité que les  Ateliers Nomades prendront leur place dans ce paysage institutionnel.

C’est en inscrivant la pluralité syndicale dans les statuts et dans la représentation dans les instances des Ateliers Nomades que nous nous donnerons les moyens de débattre des questions les moins consensuelles.

C’est en affirmant notre singularité, fondée sur l’examen critique des savoirs et les usages élitistes, marchands et médiatiques qui en sont faits, fondée aussi sur l’articulation entre monde du travail et hors travail, que se définira notre particularité.
 
Outre les organismes précités, nous devrons prendre attache avec les services du Ministère du travail et du Ministère de la recherche, avec les centres de recherche spécialisés dans l’histoire des mondes du travail, et avec l’ensemble des syndicats.
 
Ces contacts devraient notamment conduire à un accord pour que les Ateliers Nomades trouvent leur lieu « naturel » dans le cadre des Bourses du Travail, espaces symboliques auxquels serait restituée l’une de leurs fonctions premières, l’éducation populaire non hiérarchisée. Mais ils pourront également être itinérants.

Photo Oinoleboso



jeudi 30 avril 2015

Tata Dine la résistance au quotidien


Photo Oinoleboso


Tata Dine
   Tata Dine habite du côté de Paris, à Suresnes. Elle a plus de 90 ans. Sa maison toute petite est en bois. Autour de la maison il y a un tout petit jardin. Cette maison, Tata Dine l’a construite avec son mari quand il était encore vivant. Les loyers étaient chers, alors ils ont acheté ce petit bout de terre. Ils ont agrandi le cabanon qui existait déjà dans ce qui était un jardin ouvrier. 

   Si vous rentrez dans la maison telle qu’elle est maintenant, vous verrez trois petites pièces et un W.C-douche tout petit lui aussi :   

   Une cuisine avec tout ce qu’il faut pour cuisiner et où on peut tenir à trois adultes, pas plus. Sur les murs de la cuisine et du WC-douche il y a de tous petits carrelages de toutes les couleurs, car Louis, le mari de Tata Dine travaillait dans une entreprise de carrelage. Toute la maison est faite de matériaux de récupération.       

  La deuxième pièce est la chambre où Tata Dine, Louis et leurs deux enfants dormaient. Ils mettaient les tables de côté et ils étalaient les matelas par terre. « Et le matin c’est les matelas
qu’on rangeait jusqu’au soir ». 

  Un jour ils ont construit une petite pièce de plus qui était la chambre des parents. Tata Dine était ouvrière dans une fabrique de parfum. Toute sa vie elle a collé le plastique sur les flacons. C’est sur ce plastique qu’est écrit le nom du parfum et celui du patron. Les parfums "René Coty". C’est bien lui qui était président de la république dans les années 50 ? Un jour, Louis est mort et Tata
Dine est restée habiter dans cette maison. 

  Dans ce quartier beaucoup de personnes avaient fait comme Louis et Tata Dine mais, peu à peu, eux-mêmes ou leurs enfants
ont vendu les maisons et leurs terrains. Et à leur place maintenant il y a de grosses maisons bourgeoises, des villas qui coûtent 100 millions de centimes de francs (pour continuer à compter comme avant). Tata Dine, elle, n’a jamais voulu vendre, car dans cette maison elle a tous ses souvenirs. 

  Derrière sa maison quelqu’un a fait construire un grand immeuble gris, peut-être exprès en pensant qu’en lui enlevant un peu de soleil elle vendrait et elle partirait. Et bien non ! Tata Dine vit toujours là…

  Alors si un jour vous allez du côté de Paris peut-être que vous verrez la maison de Tata Dine. Et si vous y allez au printemps vous admirerez cette petite maison de bois et de pierre, entourée de belles fleurs de toutes les couleurs et, juste derrière, un grand
immeuble gris.

   Si je raconte cette histoire vraie c’est pour dire que, même si on est petit, même si on n’est pas nombreux ou même si on est seul-e (vu de l’extérieur) on peut résister à la grisaille et à l’argent.

   Pour finir voici comment Sarah Ch. a entendu la personne-titre de cette histoire :
          Tata Digne ! Tata Digne !! Oui !! Merci Tata Dine.

  En remerciement de l’accueil et de la force reçus dans cette maison cet mise en mots par 

                  les Oiselles-Oiseaux Non-leaders Solidaires

         
Photo Oinoleboso

Photo Oinoleboso

mercredi 29 avril 2015

Les murs protègent-ils nos jardins?




APPEL À PRENDRE LA PAROLE (I)

« Les murs menacent tout le monde de l'un et de l'autre côté de leur obscurité » (1)

Comment parler sans se mettre à construire un mur de plus?
Comment dire son analyse, sa vision des choses, son positionnement en laissant toujours les questions ouvertes?
Dans toutes les luttes vitales à mener, où est l'essentiel, comment choisir et faut-il choisir?
Comment être utiles sans être utiliséEs ni manipuléEs?
Comment ne pas se sentir coupables de tout sans devenir indifférentEs?
Comment dans une assemblée, même très grande, entendre et vraiment prendre en considération l'expression de chaque personne qui s'est déplacée pour cette rencontre?




… Nous sommes curieuses et curieux des questions que vous-mêmes voudrez bien nous offrir (3)

Personne ni aucun groupe (et nous pas plus que les autres) ne détient, à elle seule ou lui seul, les vérités sur tout, ni les solutions à tous les maux de la terre, mais nous voulons contribuer à les faire surgir.

Ce que nous voyons et entendons. Et vous?... De là où vous êtes?

(…) Et pourtant nous sommes là, encore là, toujours là parce que nous sommes votre reflet dans le miroir. On n'efface pas un reflet, il se présentera toujours à vous un jour ou l'autre (…)

(…) Nous ne sommes ni des criminels, ni des fainéants, ni des voleurs, ni des profiteurs. Nous sommes des hommes, des femmes, des enfants dans un monde sans oreilles, sans yeux, sans Raison, sans mains.
Une société qui souvent oublie, choisit d'oublier ou préfère oublier ses devoirs et sa raison d'être, pour les enfants les femmes les hommes, avec les enfants les femmes les hommes, par les enfants les femmes les hommes, (…)

(…) si nous n'avons pas de papiers, nous ne sommes pas du papier, ni des nombres sur du papier.
Nous nous appelons Togola, Otman, Salim, Sékou, Boureima, Ramdane...

Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes en danger! Merci (2)

Et nous aussi, sédentaires, nous sommes en danger.
Ce malaise en nous et sur toute la planète est encore un signe de vie, un cri d'alarme qui cherche ses mots: Y a-t-il mort plus terrible que celle de l'humanité qui nous habite?
« J'ai mal à l'autre » Jacques Brel. La mal-vie ou la mort d'unE seulE de ces enfants, femmes, hommes laisse en nous des champs de ruines comme ceux provoqués par les bombardements.

Cette logique des murs à construire pour protéger son « jardin » (son identité, sa vie, sa personnalité, son groupe) ne s'est-elle pas infiltrée jusque dans nos pratiques militantes ordinaires? Si malgré nos efforts les murs continuent à se construire n'est-ce pas parce que, consciemment ou non, nous prêtons mains fortes à cette logique...?

des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires (3) Oinoleboso


Photo Oinoleboso


...SUITE DE CE TEXTE CI-DESSOUS
(1) Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, poètes et philosophes martiniquais.
(2) Togola, Otman, Sali, Sékou, Boureima, Ramdame... Les grévistes de la faim de Cachan, texte un peu modifié par nous. Nous en voudront-elles/ils? Voir aussi les textes écrits par d'autres personnes sans-papiers dans « La plume sans papiers », à commander pour deux euros à l'adresse suivante resf91@yahoo.fr
(3) Vous pouvez nous écrire pour envoyer vos propres questions, points de vue, analyses, positionnements à l'adresse suivante: oiselles@laposte.net à bientôt. Oinoleboso.







                                       APPEL À PRENDRE LA PAROLE II

« Les murs menacent tout le monde de l'un et de l'autre côté de leur obscurité » (1)


Voici au moment où nous écrivons, quelques-unes de nos analyses, positionnements et manières de faire. Qu'en pensez-vous?


   Dans l'effervescence des débuts de rassemblement autour d'actions urgentes, beaucoup de personnes offrent leurs pensées et leurs mains puis le cercle grand ouvert se referme au nom de l'efficacité. Le bouillonnement des débats diminue au nom du « droit à parler plus» que certainEs se donnent. Alors beaucoup prennent distance avec ces lieux où la prépondérance, pour soi-même ou son groupe, finit par étouffer l'enthousiasme créatif collectif des commencements.


        « Dans nos rencontres, je me sens parfois traversé par d'anciens réflexes (en tant qu'ancien je me dois de faire ceci ou cela) puis je me reprends et je continue à être et devenir moi-même, me taisant acceptant le silence quand je n'ai rien à dire... et parlant autant qu'il le faut quand je suis porteur d'une urgence. »


         J'agis quand je peux, quand je le décide et de la façon dont je le décide sans accepter d'être jugéE par quiconque. Cela ne m'empêche pas, au contraire, d'accueillir les analyses de toutes et tous. Du coup la culpabilisation n'a plus de place et pour personne.

            Chaque personne sait ce qu'elle a à faire et quand elle doute entre plusieurs décisions cela ne nous donne pas le droit de décider à sa place... Personne ne sait à l'avance les conséquences d'une décision, aussi documentée soit-elle... La décision finale revient à celle et à celui qui est face aux risques.
               Personne ne peut chercher à dissuader une autre d'essayer ce qu'elle croit juste, ni mépriser ce qu'elle propose (nous l'avons vu faire!) … au nom d'une expérience ou d'un savoir « supérieur ».

            Nous ne voulons plus travailler dans l'idée de spécialistes-leaders qui, au nom du savoir, de l'expérience, de l'aura, du charisme (etc.) qu'ils possèdent, se prendraient le droit de décider pour toutes et tous de ce qu'il faudrait penser, dire et faire...


            Nous ne refusons pas d'entendre et de dialoguer avec les porteuses, porteurs, colporteuses, colporteurs d'histoires, de savoirs construits avec beaucoup d'autres dans un histoire longue de résistances, de créations, de recherches et de trouvailles... quand leur but est de partager à égalité et non de mettre en place leur pouvoir ou celui du groupe auquel ils pensent appartenir.

            Les leaders, les hiérarchies, pour justifier leur existence, argumentent de l'efficacité, de l'urgence et de la compétence, du savoir-faire des uns contre l'ignorance supposée des autres.

                 Cet appel « à prendre la parole » est une de nos contributions aux appels répétés des Zapatistes du Chiapas (Mexique), à celui des mineurs et des femmes de la CGT du « Sous-Sol Lorrain » ( Seul journal qui ait publié le texte que vous lisez), à celui de Chamoiseau et Glissant (www.tout-monde.com), à celui des grévistes de la faim de Cachan, à celui de toutes les personnes qui tentent de survivre, de résister à toutes les conséquences de ce que nous avons décrit.


                 Nous y ajoutons une demande d'échange d'analyses et de pratiques militantes/humaines solidairement non-hiérarchiques pour que nous ne prêtions plus mains fortes, à l'intérieur de nos propres mouvements, à ce que nous combattons, en refusant le mur-ministère « qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer à l'insupportable, de nous faire fréquenter, en silence, jusqu'au risque de complicité, l'inadmissible. » (1)


                   Il n'y a pas de petits actes. Le geste « dérisoire » n'est que dans le regard de celui qui méprise le « petit ».


                    ChacunE de nous devrait faire comme si tout dépendait d'elle, de lui...


                        des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires (3) Oinoleboso



Photo Oinoleboso



(1) Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, poètes et philosophes martiniquais.

(2) Togola, Otman, Sali, Sékou, Boureima, Ramdame... Les grévistes de la faim de Cachan, texte un peu modifié par nous. Nous en voudront-elles/ils? Voir aussi les textes écrits par d'autres personnes sans-papiers dans « La plume sans papiers », à commander pour deux euros à l'adresse suivante resf91@yahoo.fr
(3) Vous pouvez nous écrire pour envoyer vos propres questions, points de vue, analyses, positionnements à l'adresse suivante: oiselles@laposte.net  à bientôt. Oinoleboso.