APPEL À PRENDRE LA PAROLE (I)
« Les murs menacent tout le monde de l'un et de l'autre côté de leur obscurité » (1)
Comment parler sans se mettre à construire un mur de plus?
Comment dire son analyse, sa vision des choses, son positionnement en laissant toujours les questions ouvertes?
Dans toutes les luttes vitales à mener, où est l'essentiel, comment choisir et faut-il choisir?
Comment être utiles sans être utiliséEs ni manipuléEs?
Comment ne pas se sentir coupables de tout sans devenir indifférentEs?
Comment dans une assemblée, même très grande, entendre et vraiment prendre en considération l'expression de chaque personne qui s'est déplacée pour cette rencontre?
… Nous sommes curieuses et curieux des questions que vous-mêmes voudrez bien nous offrir (3)
Personne ni aucun groupe (et nous pas plus que les autres) ne détient, à elle seule ou lui seul, les vérités sur tout, ni les solutions à tous les maux de la terre, mais nous voulons contribuer à les faire surgir.
Ce que nous voyons et entendons. Et vous?... De là où vous êtes?
(…) Et pourtant nous sommes là, encore là, toujours là parce que nous sommes votre reflet dans le miroir. On n'efface pas un reflet, il se présentera toujours à vous un jour ou l'autre (…)
(…) Nous ne sommes ni des criminels, ni des fainéants, ni des voleurs, ni des profiteurs. Nous sommes des hommes, des femmes, des enfants dans un monde sans oreilles, sans yeux, sans Raison, sans mains.
Une société qui souvent oublie, choisit d'oublier ou préfère oublier ses devoirs et sa raison d'être, pour les enfants les femmes les hommes, avec les enfants les femmes les hommes, par les enfants les femmes les hommes, (…)
(…) si nous n'avons pas de papiers, nous ne sommes pas du papier, ni des nombres sur du papier.
Nous nous appelons Togola, Otman, Salim, Sékou, Boureima, Ramdane...
Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes en danger! Merci (2)
Et nous aussi, sédentaires, nous sommes en danger.
Ce malaise en nous et sur toute la planète est encore un signe de vie, un cri d'alarme qui cherche ses mots: Y a-t-il mort plus terrible que celle de l'humanité qui nous habite?
« J'ai mal à l'autre » Jacques Brel. La mal-vie ou la mort d'unE seulE de ces enfants, femmes, hommes laisse en nous des champs de ruines comme ceux provoqués par les bombardements.
Cette logique des murs à construire pour protéger son « jardin » (son identité, sa vie, sa personnalité, son groupe) ne s'est-elle pas infiltrée jusque dans nos pratiques militantes ordinaires? Si malgré nos efforts les murs continuent à se construire n'est-ce pas parce que, consciemment ou non, nous prêtons mains fortes à cette logique...?
des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires (3) Oinoleboso
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| Photo Oinoleboso |
...SUITE DE CE TEXTE CI-DESSOUS
(1) Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, poètes et philosophes martiniquais.
(2) Togola, Otman, Sali, Sékou, Boureima, Ramdame... Les grévistes de la faim de Cachan, texte un peu modifié par nous. Nous en voudront-elles/ils? Voir aussi les textes écrits par d'autres personnes sans-papiers dans « La plume sans papiers », à commander pour deux euros à l'adresse suivante resf91@yahoo.fr
(3) Vous pouvez nous écrire pour envoyer vos propres questions, points de vue, analyses, positionnements à l'adresse suivante: oiselles@laposte.net à bientôt. Oinoleboso.
APPEL À PRENDRE LA PAROLE II
« Les murs menacent tout le monde de l'un et de l'autre côté de leur obscurité » (1)
Voici au moment où nous écrivons, quelques-unes de nos analyses, positionnements et manières de faire. Qu'en pensez-vous?
Dans l'effervescence des débuts de rassemblement autour d'actions urgentes, beaucoup de personnes offrent leurs pensées et leurs mains puis le cercle grand ouvert se referme au nom de l'efficacité. Le bouillonnement des débats diminue au nom du « droit à parler plus» que certainEs se donnent. Alors beaucoup prennent distance avec ces lieux où la prépondérance, pour soi-même ou son groupe, finit par étouffer l'enthousiasme créatif collectif des commencements.
« Dans nos rencontres, je me sens parfois traversé par d'anciens réflexes (en tant qu'ancien je me dois de faire ceci ou cela) puis je me reprends et je continue à être et devenir moi-même, me taisant acceptant le silence quand je n'ai rien à dire... et parlant autant qu'il le faut quand je suis porteur d'une urgence. »
J'agis quand je peux, quand je le décide et de la façon dont je le décide sans accepter d'être jugéE par quiconque. Cela ne m'empêche pas, au contraire, d'accueillir les analyses de toutes et tous. Du coup la culpabilisation n'a plus de place et pour personne.
Chaque personne sait ce qu'elle a à faire et quand elle doute entre plusieurs décisions cela ne nous donne pas le droit de décider à sa place... Personne ne sait à l'avance les conséquences d'une décision, aussi documentée soit-elle... La décision finale revient à celle et à celui qui est face aux risques.
Personne ne peut chercher à dissuader une autre d'essayer ce qu'elle croit juste, ni mépriser ce qu'elle propose (nous l'avons vu faire!) … au nom d'une expérience ou d'un savoir « supérieur ».
Nous ne voulons plus travailler dans l'idée de spécialistes-leaders qui, au nom du savoir, de l'expérience, de l'aura, du charisme (etc.) qu'ils possèdent, se prendraient le droit de décider pour toutes et tous de ce qu'il faudrait penser, dire et faire...
Nous ne refusons pas d'entendre et de dialoguer avec les porteuses, porteurs, colporteuses, colporteurs d'histoires, de savoirs construits avec beaucoup d'autres dans un histoire longue de résistances, de créations, de recherches et de trouvailles... quand leur but est de partager à égalité et non de mettre en place leur pouvoir ou celui du groupe auquel ils pensent appartenir.
Les leaders, les hiérarchies, pour justifier leur existence, argumentent de l'efficacité, de l'urgence et de la compétence, du savoir-faire des uns contre l'ignorance supposée des autres.
Cet appel « à prendre la parole » est une de nos contributions aux appels répétés des Zapatistes du Chiapas (Mexique), à celui des mineurs et des femmes de la CGT du « Sous-Sol Lorrain » ( Seul journal qui ait publié le texte que vous lisez), à celui de Chamoiseau et Glissant (www.tout-monde.com), à celui des grévistes de la faim de Cachan, à celui de toutes les personnes qui tentent de survivre, de résister à toutes les conséquences de ce que nous avons décrit.
Nous y ajoutons une demande d'échange d'analyses et de pratiques militantes/humaines solidairement non-hiérarchiques pour que nous ne prêtions plus mains fortes, à l'intérieur de nos propres mouvements, à ce que nous combattons, en refusant le mur-ministère « qui tente de nous accommoder au pire, de nous habituer à l'insupportable, de nous faire fréquenter, en silence, jusqu'au risque de complicité, l'inadmissible. » (1)
Il n'y a pas de petits actes. Le geste « dérisoire » n'est que dans le regard de celui qui méprise le « petit ».
ChacunE de nous devrait faire comme si tout dépendait d'elle, de lui...
des Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires (3) Oinoleboso
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(1) Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, poètes et philosophes martiniquais.
(2) Togola, Otman, Sali, Sékou, Boureima, Ramdame... Les grévistes de la faim de Cachan, texte un peu modifié par nous. Nous en voudront-elles/ils? Voir aussi les textes écrits par d'autres personnes sans-papiers dans « La plume sans papiers », à commander pour deux euros à l'adresse suivante resf91@yahoo.fr
(3) Vous pouvez nous écrire pour envoyer vos propres questions, points de vue, analyses, positionnements à l'adresse suivante: oiselles@laposte.net à bientôt. Oinoleboso.