Merci Jean-Pierre
Publié par Benjamin Joyeux le 25 Nov 2024 dans cinéma, Local, Reportage, Social |
Au Boulot ! était projeté ce vendredi 22 novembre au cinéma le Parnal à Thorens-Glières, en présence de son co-réalisateur Gilles Perret. Un documentaire aussi drôle qu’émouvant et subversif sur la découverte du « monde du travail » par Sarah Saldmann, riche avocate parisienne connue pour ses éructations audiovisuelles contre les soi-disant « assistés ». Et si les vrais assistés totalement déconnectés du monde du travail étaient bien plutôt les riches ?
Le Parnal, 22 novembre 2024 © Benjamin Joyeux
Ce vendredi 22 novembre, dès 17h30, la petite salle du cinéma Le Parnal à Thorens-Glières commence à se remplir pour la séance de 18h. Le film de ce soir est le dernier documentaire de François Ruffin et Gilles Perret, Au boulot !, en présence de ce dernier. Le pitch du film, c’est l’invitation faite par François Ruffin à l’avocate et chroniqueuse TV et radio Sarah Saldmann après avoir croisé celle-ci sur le plateau des Grandes Gueules en train d’éructer : « C’est quoi ce pays d’assistés ? De feignasses ?! » en parlant des gens touchant les minimas sociaux, ajoutant « le Smic, c’est déjà pas mal. » Le député-reporter propose alors à l’avocate des beaux quartiers d’essayer de vivre avec 1300 euros par mois et de le suivre pendant plusieurs jours à la rencontre des gens dont elle parle si violemment sans visiblement rien connaître de leur vie.
Sarah Saldmann accepte alors le défi, et la voilà partie sur les routes en compagnie de François Ruffin, suivie par la caméra de Gilles Perret, à la rencontre de livreurs, d’aides à domicile, d’ouvrières et ouvriers en poissonnerie, d’un agriculteur… aux quatre coins de la France. Et se dessine alors tout au long de leurs pérégrinations une magnifique série de portraits de gens ordinaires, bien souvent passionnés par leur travail mais confrontés en permanence à la précarité d’un système économique qui ne cesse de broyer ces métiers qualifiés pourtant d’« essentiels » lors des épisodes de confinement.
Il y a notamment cette séquence avec Louisa, auxiliaire de vie depuis 20 ans, qui témoigne les larmes aux yeux de l’amour de son métier qui permet de soulager les plus vulnérables pour un salaire de 1000 euros par mois. Et Sarah Saldmann de lui tomber dans les bras, émue aux larmes comme l’ensemble des spectateurs dans la salle au même moment. L’avocate que l’on verra par ailleurs distribuer des colis, nourrir et sortir un troupeau de vaches, écailler des poissons ou encore faire la toilette d’une personne âgée, sans jamais se départir d’une certaine arrogance qui sera toutefois de plus en plus fragilisée face à la bienveillance de tous ces gens ordinaires qui essayent simplement de vivre de leur métier, aussi modeste soit leur condition.
Héroïsme des gens, égoïsme de l’argent
C’est ainsi qu’au fur et à mesure, on s’aperçoit que l’avocate caricaturale des beau quartiers Sarah Saldmann n’est pas du tout le personnage principal du film, qui est bien plutôt dédié à tous ces gens « ordinaires », celles et ceux qui ont notamment fait tenir le pays lors de la pandémie de Covid 19. Une citation d’Emmanuelle Macron en avril 2020 est à cet égard régulièrement rappelée par François Ruffin : « Notre pays tout entier repose sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Il faudra s’en rappeler. »
Une quinzaine de minutes avant la fin, l’avocate a d’ailleurs totalement disparu de l’écran, Ruffin expliquant non sans malice qu’il a fallu la « licencier ». En effet, même si Sarah Saldmann semblait commencer à donner des signes d’empathie et de compréhension vis-à-vis des salariés précaires au fur et à mesure de ses rencontres, le 7 octobre et l’horreur du déluge de feu qui s’est ensuite abattu sur Gaza sont passés par là. Et l’avocate chroniqueuse de reprendre ces diatribes exaltées sur des chaînes comme Cnews, justifiant les exactions injustifiables de l’armée israélienne. Difficile dans ces conditions de faire un film humaniste ici en ne prenant pas en compte ce qui se passe là-bas. Laissant ainsi le personnage à ses indécrottables à priori, le journaliste-reporter et son acolyte préfèrent finir leur film en apothéose à la gloire de tous ces gens croisés lors du film, donnant à voir l’héroïsme de l’ordinaire. Mieux vaut célébrer Louisa que Sarah.
Célébrer les gens et réinsérer les riches ?(…)
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