Traces
de l'après-midi-dialogue autour de la relation « Soignées-Soignantes
/ Soignés-Soignants » samedi 20 octobre 2018 à l'Escale à
Yutz
C'est Jacques qui, après avoir lu « Laisser
Traces. L'Air du Temps » ('' c'est un livre fédérateur''
a-t-il dit), a proposé ce dialogue.
Jean-Michel qui fait vivre le blogue Rhizomes travaillant
dans le même esprit ('' Laisser Traces. L'Air du Temps, comme un
pont jeté sur la faille entre l'existence et l'existant'')
accompagne Jacques dans ce dialogue à voix (voies) multiples.
Étaient présentEs : Jacques, Jean-Michel, Patricia,
Catherine P., Marie, Shéraze, Nizar, Nadia, Josiane, Geneviève,
Marie-Claude S., Béatrice, Frédéric.
Voici les écrits sur place et ceux qui ont été
offerts après coup :
Ma grande inquiétude : vieillir.
Les conditions : pas les moyens.
L'acharnement.
social
Mots-> maux.
nul n'a compétence que vous Spinoza
devenir humain
 |
| Texte et création Shéraze. Photo Oinoleboso |
Seize ans de vie derrière moi, si je suis ici, c'est
grâce à ma mère. Étant née à cinq mois et demi, je lui ai sauvé
la vie et je lui dois la mienne. Shéraze
« Les mots font parfois venir les mots; »
« Les mots soignent parfois les maux; »
« Les mots soignent ; ils blessent ; ils sont
ambivalents » ...
Sommes-nous
réellement
humains ?
« Nul n'a compétence que
Vous sur Vous »
MAUX oinoleboso Shéraze
Être entouré, avoir du courage de
la force. « DE LA PATIENCE ».
Trouvez des trucs et astuces.
Combien de fois, j'ai entendu dire
arrête ton travail...
OK. Mais je vis de quoi ?
Partir un week-end. Seule...
soignés-soignants.
2 phrases
pour avoir le sourire
Mange des pommes
donner le temps au temps.
Josiane
Je m'appelle Nizar et je veux faire policier-pompier ou
militaire je suis au CM1 à l'école de la Mairie.
Nadia :
48 ans A.L.D (Affection Longue Durée), ex prof
d'Histoire-Géo.
Suite à un cancer des reins, découvert parce que
j'étais enceinte de 5 mois et 1/2 : Mes reins ont arrêté de
fonctionner.
Grâce à ma fille je suis toujours là et elle est là
sachant qu'elle ne pesait que 870 g.
Après 5 ans de dialyse, je me suis retrouvé incapable
de parler, bouger et par miracle 1er appel à la greffe,
compatibilité.
Donc greffée depuis 2007, j'ai pu avoir un garçon 2
ans après la greffe. Garçon qui est né à 6 mois et ne pesait
qu'1kg70g.
Donc la relation soignant-soignée est un domaine
familier et je pense que la relation humaine entre les deux parties
est essentielle. Il n'y a pas d'ordonnant et de subissant, il faut
comprendre ce que l'on a et ce que l'on veut pour arriver à vaincre
la maladie.
C'est en connaissant, comprenant et échangeant que l'on
parvient à ce but.
Les 3 phrases :
La vie n'a pas de prix, il faut surtout se battre pour
la préserver et la rendre plus douce aux malades et autres
personnes.
La vie est un bonbon que l'on doit savourer avec l'acide
et le sucré comme saveur.
Se faire soigner sans perdre la possession de son corps,
le laisser aux médecins décideurs. Nadia
Relation Soigné-Soignant
La relation avec un(e) malade nous amène à nous
interroger sur notre histoire commune, et notre humanité en général.
Le malade peut se sentir humilié par sa situation
sa
dépendance.
et il est important d'essayer d'atténuer ce sentiment
d'humiliation.
Le temps c'est de la vie !
Catherine
Est-ce que je peux faire un parallèle entre être à
l'écoute du petit dont je m'occupe et le fait de pouvoir dire ma
demande au médecin que je consulte ?
C'est un peu brouillon mais ce sont des relations qui ne
me satisfont pas toujours.
Dire « je » au médecin
Je choisis de faire ce que je veux.
Entendre la plainte même si elle est inaudible.
Passer ''du temps c'est de l'argent'' à ''du temps
c'est de la vie''.
Les maux derrière le symptôme.
Mettre des mots sur les maux.
Maïeutique ? Aider les gens à accoucher des mots.
Nul n'a compétence sur vous que vous.
(c'est vous qui décidez au final)
Patricia
- être humain c'est l'affaire de chacun
Chacun doit prendre sa responsabilité
selon sa conscience
- on est formaté pour obéir sans se plaindre
sans réfléchir.
Béatrice
« Achevé ? On peut faire mieux que ça »
« Une plainte ? C'est trop grand pour moi la
liberté : le blues vient de là »
« Le soin est une réponse à une plainte »
« La plainte est parfois silencieuse » « Écouter
ça s'apprend aussi »
L'essentiel c'est l'accueil de l'Autre dans toutes ses
dimensions sans oublier d'accueillir cet Autre que nous sommes aussi
et devenons dans la rencontre.
Nizar c'est aussi la mise en peinture (avec l'attention
que Frédéric a eu pour lui), la mise en couleur de la Mort (la tête
de mort ''Halloween'' me dit-il en me la tendant). Il me l'offre, je
la regarde un instant et je la mets de côté. Jean-Michel la prend
en mains et en parle avec Nizar. Me revient en tête que lors de sa
première intervention, Jean-Michel a parlé de la Mort... Je ne me
souviens plus de ses mots. Je les ai mis aussi de côté ?
René
 |
| Mise en couleurs-peinture : Nizar. Photo Oinoleboso. |
Quelques
mots entendus autour de la table (re)cueillis par Jean-Michel:
… Tous
soignants-soignés : les parents qui prennent soins de leur bébé,
les premiers humains qui prennent soin de leurs morts en les
inhumant. Les professionnels de santé peut être un peu plus
révoltés que les autres par la souffrance qui consacrent leur vie à
lutter contre l'absurdité de la maladie.
Frédéric,
les soignants font un métier très difficile, ils n'ont pas
pleinement le temps (d'être humain).
Catherine:
Ma cousine a un enfant handicapé, c'est la femme la plus humaine que
je connaisse.
JM :
Pourquoi répéter "le temps c'est de l'argent" alors
qu'avant tout "le temps c'est de la vie." ?
Marie
: J'ai peur de la vieillesse, plutôt que d'aller en EHPAD je
voudrais qu'on m'achève.
…comme
on achève un cheval. Ramener quelqu'un à l'animal déshumanise.
Catherine:
Ma cousine s'occupe d'un de ses parents qui coûte très cher à la
société.
… Ce
sont les objets qui ont un coût, un prix. La santé n'a pas de prix.
L'humain ne se vend pas.
… lorsqu'il
s'agit des budgets alloués au ministère des armées ou au nucléaire
les milliards en jeu s'intitulent "des choix budgétaires"
Lorsque nos gouvernants parlent de la santé, il s'agit soudain d'un
coût.
https://maulnoir.blogspot.com/2018/06/ce-qui-coute-effectivement-un-pognon.html
Dialoguer
- dia logos - deux logiques, celle du soignant, celle du soigné.
Accepter de faire se rencontrer ces deux logiques. Se taire c'est
priver l'autre de la moitié des informations.
https://maulnoir.blogspot.com/2017/04/quand-une-partie-delle-est-deja-ailleurs.html
"Nul
n'a compétence sur vous que vous" Spinoza
Jacques
: ce guichetier des postes qui doit conseiller l'utilisation
d'automates destinés à remplacer son emploi.
Le
minimum que l'on puisse faire : "ça ne passera pas par moi"
https://maulnoir.blogspot.com/2008/01/ca-ne-passera-pas-par-moi.html
Pourquoi
je n'irai plus à la FNAC de Metz.
https://maulnoir.blogspot.com/2012/10/pourquoi-je-nirai-plus-la-fnac-de-metz.html
Faut
il continuer à combattre pour sa servitude?
https://maulnoir.blogspot.com/2016/11/faut-il-continuer-combattre-pour-sa.html
Le
médecin occupe une situation de pouvoir en raison de son supposé
"tout savoir".
Il
n'est jamais obligé d'exercer ce pouvoir - p.ex en partageant son
savoir -
Marie
Claude parle du numérus clausus qui expliquerait le manque de
généralistes et de psychiatres
https://maulnoir.blogspot.com/2018/07/deserts-medicaux-idees-folles-idees.html
Définition
de la santé de l’OMS dans le Préambule à la constitution de
l’OMS (1946) à la 4ème ligne :
« La
santé est un état de complet bien-être physique, mental et social,
et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou
d’infirmité. »
"bien
être" qui résonne tant avec la notion de "Bien-traitance"
qu'évoque Patricia à propos des enfants avec qui elle travaille.
Le
soin est une réponse à une souffrance exprimée par des moyens
détournés (la copine de Béatrice et sa sclérose en plaque).
Savoir entendre la plainte derrière les symptômes d'appel comme on
les nomme (en fait d'appel au secours), entendre la plainte
silencieuse des bébés, des Alzheimer, des animaux.
Pour
entendre, commencer par écouter, ouvrir ses feuilles de choux comme
dit Jacques.
Apprendre
à écouter, pour entendre, pour soigner l'essentiel.
Jacques
: devenir sujet. Etre capable de dire "je suis". Il ne
s'agit pas de suivre mais d'être. Tu ne suis pas, tu es.
Marie
Claude et l'ADMD et ses 70.000 membres.
https://www.admd.net/qui-sommes-nous/une-association-humaniste/ladmd.html
Josiane
et son émouvant témoignage d'accompagnement de son mari jusqu'au
bout!
Courriels :
Merci
beaucoup Jean-Michel,
Ce
furent de grands moments.
Vos
interventions à deux voix, celle de Jacques et la tienne.
Et
l'implication forte de toutes les personnes présentes.
J'ai
été très impressionné par l'intensité des témoignages.
Et
heureux de toutes ces traces écrites que je viens de lire dont les
tiennes.
MERCI
à toi, à Jacques de son initiative, à chacunE des participantEs.
Beaucoup
sont restées jusqu'à 19h. "Cela fait du bien de parler avec
des médecins comme ceux-là". Voilà l'avis donné par
plusieurs avant de partir. Marie : " Ah ! Je voulais encore leur
poser cette question-là et puis j'ai oublié".
Peut-être
si vous êtes partant, proposition de Frédéric, faire quelque chose
d'autre une autre fois sous une forme encore différente...
En
tout cas, si tout le monde n'a pas laissé de traces écrites, comme
dit Jacques : "les traces de cette rencontre existent, elles
s'inscrivent en chacun dans l'instant même de l'échange. " Et
chacune chacun les emmènent avec elle, avec lui et sûrement les
partagera avec d'autres.
Amitié
René Oinos
En tout cas belle initiative et des participants
formidables. JM
Bonjour
René,
Mes
deux phrases,
Vous
étiez présents, j’étais présent, des mots ont fait lien :
une rencontre.
Dans
ce monde où le mortifère l’emporte souvent, nous avons cultivé
l’élan vital.
Merci
à tous.
Amicalement
Jacques.
Bonjour Jacques,
Vraiment merci pour tout ce travail fait ensemble, pour
cet après-midi grave, gravée et joyeuse, et pour les deux phrases.
Bonnes routes à toi.
J'espère que les tiennes, les miennes et celles des
participantEs aux Oinoleboso se recroiseront souvent.
René
La question que j'ai posée (ou que je voulais poser précisément) était celle-ci :
"Mais en réalité, est-ce que les soignants ont le temps d'être pleinement humains... ?" "Leur laisse-t-on suffisamment le temps ? "
Mes impressions sur la rencontre :
Justement : pleinement humaine ! Des paroles fortes. Des médecins atypiques, car, justement, "pleinement humains et à l'écoute".
Des témoignages d'oiseaux tellement authentiques que le conseil de l'ordre pourrait les apprendre comme des tables de multiplication.
- Pour ce qui est de la responsabilité du soignant. C'est vrai que leur tâche est rude et c'est pourquoi je fuis je leur pardonnerais facilement leurs manques. Mais il est vrai qu'ils ont aussi choisi ce métier en conscience, et que, pour faire court, ils doivent "assumer".
Voici les phrases que j'ai glanées samedi dernier :
- Nul n'a compétence sur vous que vous-même.
- Ne jamais se laisser tomber.
- Toujours se respecter, oser refuser.
- "Fiançailles" et "Confiance" ont la même racine.
- La santé : état de bien-être physique, mental et social.
- Ne considérer la chose que sous l'angle du coût.
- Nous vivons dans un monde où tout va vite : les gens parlent vite, les voitures vont trop vite, les infirmiers vont trop vite.
- Les maïeuticiens.
Frédéric
Quelle richesse que ce blog Oinoleboso. C'est merveilleux.
Quel plaisir que d'avoir rencontré ces beaux vivants. JM