Oiselles Oiseaux et Non-Leaders Solidaires (Oinoleboso)
Des enfants, des jeunes et des adultes organisant ensemble des ateliers dans tous les domaines des savoirs, utiles aux luttes humaines pour une vie digne et solidaire (chansons solidaires, poésies, histoires et récits de vie, paroles habitées, résistances en milieu hostile, engagements, interventions politiques mais au service d'aucun parti, créations de toutes sortes...)
Les personnes animatrices ne font pas seulement des propositions dans l'atelier, elles les mettent en oeuvre, elles aussi, au coude à coude, à égalité avec les participantEs de tout âge et de tout horizon.
Les responsabilités au sein du Comité sont tirées au sort chaque année au moment de l'A.G.
Nous sommes partie prenante d'un réseau informel d'associations et de personnes entre lesquelles des passerelles, des ponts, des tissages existent. Voici la liste des groupes amis avec lesquels nous travaillons actuellement: Réussir Ensemble, Les Passeurs de Souffle, Cultures 21, La Ligue des Droits Humains, Le Front Social 57, Le Gueulard Bar Culturel de Nilvange, Mouveloreille, Stop Knauf Illange, Le Collectif de personnes et d'associations animant la fête du 1er mai... avec les Communes d'Algrange et Knutange
CE QUE NOUS VOULONS
- La justice solidaire jusque dans les détails.
- La considération véritable de la parole, de l'expression (sous toutes ses formes) de chaque personne, de chaque groupe et de chaque peuple.
Visiblement ému, le philosophe et sociologue français de 103 ans a dénoncé l’offensive israélienne sur l’enclave lors d’un événement littéraire au Maroc.
Poignante intervention d’Edgar Morin (103 ans) au Festival du livre africain de Marrakech.
« Je suis à la fois ahuri et indigné par le fait que ceux qui représentent les descendants d’un peuple qui a été persécuté pendant des siècles pour des raisons religieuses ou raciales, que les descendants de ce peuple qui sont aujourd’hui les décideurs de l’Etat d’Israël, que ceux-là puissent non seulement coloniser tout un peuple, le chasser en partie de sa terre et vouloir le chasser pour de bon, mais qui en plus, après le massacre du 7 octobre, se sont livrés à un véritable carnage, massif, sur les populations de Gaza et continuent, sans arrêt frappant évidemment civils femmes et enfants. Et de voir le silence du monde, le silence des Etats-Unis, protecteurs d’Israël, le silence des Etats arabes, le silence des Etats européens qui se prétendent défenseurs de la culture, de l’humanité, des droits de l’Homme. Je pense que nous vivons une tragédie horrible parce que nous sommes aussi impuissants devant cette chose qui se déchaine. Au moins, au moins, moi je dis témoigner, la seule chose qui reste si on ne peut pas résister de façon concrète, c’est de témoigner. Résistons dans nos esprits, ne nous laissons pas duper, ne nous laissons pas oublier, ayons le courage de regarder les choses en face et voyons tout ce que nous pouvons faire pour continuer à témoigner. »
Merci Roland. L’article est un peu long mais urgent à lire.
Pour lire cet article sur le site de l’UJFP cliquez : ICI.
Coup sur coup, l’UJFP est attaquée par des gens qui se disent « de gauche », « progressistes », « laïques », « antiracistes ».
L’UJRE (Union Juive pour la Résistance et l’Entraide) accuse l’UJFP de tenir des discours intolérables, de soutenir le Hamas et de méconnaître l’histoire des FTP-MOI.
Dans un blog de Médiapart , une cinquantaine de personnes qui affirment « avoir une solidarité et un soutien tourné vers les Gazaoui.es » (???) accusent Urgence Palestine d’abriter des antisémites, de faire l’apologie du terrorisme et de reprendre le protocole des Sages de Sion. Au passage, l’UJFP est accusée de comparer les Israéliens aux nazis.
Nos détracteurs, largement absents du mouvement antiraciste et totalement absents du mouvement de solidarité avec la Palestine, n’ont rien trouvé de mieux à faire en plein génocide à Gaza que de diffamer des juifs antisionistes et des associations de solidarité internationale.
D’où cette mise au point :
1. Un génocide d’une ampleur inouïe se déroule depuis le 7 octobre contre la population de Gaza. Il y a plus de 40 000 mort.es ou disparu.es. À l’échelle de la France, ça représenterait plus d’un million de personnes. Face à cette horreur, une mobilisation soutenue est indispensable pour aider le peuple palestinien à survivre et pour forcer, par nos manifestations et nos actions, les gouvernements complices d’Israël à prendre leurs responsabilités et à sanctionner les génocidaires. Nos détracteurs, totalement absents des mobilisations en soutien au peuple palestinien, ont d’autres préoccupations : dénigrer les Palestinien.nes, le mouvement de solidarité et les rares partis politiques qui ne hurlent pas avec les loups, mais rappellent la nécessité de l’application du droit international.
2. L’antijudaïsme chrétien, puis l’antisémitisme racial et le génocide nazi font partie de l’histoire européenne. Les Palestinien.nes ont payé et continuent de payer pour un crime européen. Ces derniers étant considérés comme « des animaux humains », des « nazis », des « antisémites », alors bien sûr tout est permis : les assassiner, y compris les femmes et les enfants comme l’ont théorisé de nombreux dirigeants israéliens, épinglés par la Cour Internationale de Justice. Les Palestinien.nes n’amalgament pas Israéliens et juifs. Nous pouvons assurer que, quand on est juif et qu’on va en Palestine, la réponse quasi-unanime est : « nous sommes contre l’occupation, nous n’avons rien contre les Juifs ». Nos détracteurs y sont-ils allés ?
3. Les ¾ des habitant.es de la bande de Gaza sont des réfugié.es. Ils sont les descendant.es de ceux qui ont été victimes d’un nettoyage ethnique prémédité en 1948. Gaza est occupé depuis 1967. Le territoire est bouclé par terre, par mer et par air depuis 17 ans. L’occupant y organise la pénurie d’eau et d’électricité comme il organise aujourd’hui la famine. Le territoire a subi une dizaine de bombardements et d’attaques meurtrières depuis 2008. Les marches du retour, pourtant totalement pacifiques ont été attaquées avec férocité : 350 mort.es et 10 000 estropié.es. Nos détracteurs n’ont pas hurlé au racisme lors de cette répression féroce.
4. Alors oui, nous le répétons, le 7 octobre la cocotte-minute a explosé (la phrase est de Michel Warschawski) comme elle avait explosé en Algérie le 1er novembre 1954. C’est l’occupant qui a été attaqué le 7 octobre, pas les Juifs. Et nous faisons nôtres ce qu’ont dit et répété les anticolonialistes israéliens : « nous avons des ami.es parmi les mort.es et les personnes enlevé.es. Le responsable, c’est le régime colonial et suprémaciste israélien, c’est l’occupation ». Mais nos détracteurs ne citent pas une seule fois les mots « colonialisme », « occupation », « suprémacisme ».
5. Nos détracteurs reprennent le récit des autorités israéliennes sur le 7 octobre. Croire sur parole ce que dit la « Hasbara » est un peu étrange chez des gens qui se disent de gauche. Ce récit a été remis en cause à plusieurs reprises, notamment par les enquêtes de Haaretz et de Libération. Personne ne connaît la réalité de ce qui s’est déroulé. Amnesty International dénonce des crimes de guerre, nous nous en tiendrons là. Et, comme les Palestinien.nes, nous sommes demandeurs d’une enquête internationale pour savoir réellement ce qui s’est passé et condamner les coupables.
Mais mettre sur un même plan l’occupant et l’occupé, le colonisé et le colonisateur, est indigne de la gauche. Israël n’a pas « riposté » après le 7 octobre. La Palestine est attaquée en permanence par l’occupation sioniste depuis 1948 : vols de terres, exécutions sans jugement, emprisonnement massif, bombardements …
L’État d’Israël coche les cases : « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité », « apartheid », « génocide ».
Diaboliser le Hamas et accuser l’UJFP et le mouvement de solidarité d’être les complices du Hamas rejoint le discours des médias dominants qui soutiennent les génocidaires. Israël ne mène pas une guerre contre le « terrorisme du Hamas ». Il s’agit d’une guerre de destruction totale de la société palestinienne, attaquée par l’occupation sioniste depuis 1948. Les dirigeants israéliens ne veulent pas de « partenaire pour la paix ». Ils veulent un maximum de terre et un minimum de Palestinien.nes.
Quand les principaux mouvements de résistance étaient le Fatah et le FPLP, ils ont favorisé la montée du Hamas. Les accords d’Oslo se sont révélés être une vaste supercherie. La division palestinienne avec deux gouvernements rivaux a été voulue par l’occupant.
La victoire électorale du Hamas en 2006 est une conséquence de l’occupation et de la colonisation. Qualifier le Hamas « d’extrême droite » montre une ignorance totale de ce qu’est la Palestine. Les assimiler à Daesh aussi. L’ONU ne qualifie pas le Hamas de terroriste.
La société gazaouie était, avant le 7 octobre, pluraliste, vivante, critique, animée par une multitude d’associations de la société civile.
L’UJFP, comme Urgence Palestine, soutient le peuple palestinien, victime d’un génocide.
Instrumentaliser l’antisémitisme (qui est l’histoire intime de beaucoup de membres de l’UJFP) pour faire taire le mouvement de solidarité est vital pour les dirigeants israéliens. Nétanyahou, reprenant les propos de Ben Gourion, au moment du procès Eichmann, a expliqué en 2015 « qu’Hitler ne voulait pas tuer les Juifs » et que c’est le grand mufti qui lui a soufflé l’idée. Cette affirmation, de l’ordre du négationnisme, vient appuyer les considérations selon lesquelles les musulmans sont antisémites, pas l’extrême droite européenne ou les chrétiens sionistes. Dans le même temps, Israël est soutenu par l’extrême droite raciste, partout dans le monde.
En Allemagne, tout soutien à la Palestine est criminalisé et les « Antideutsche », qui se prétendent révolutionnaires, participent activement à cette criminalisation. L’UJRE et les pétitionnaires dans Médiapart aspirent visiblement à jouer le même rôle. Dénigrer le mouvement de solidarité, le diffamer et s’autoproclamer en même temps défenseurs du peuple palestinien.
À l’UJFP, nous continuerons à lier la lutte contre le racisme avec cellepour les droits du peuple palestinien. Quand les paysans de Gaza inscrivent « UJFP » sur le château d’eau (détruit par l’armée israélienne le 6 février), quand des équipes gazaouies avec des logos UJFP distribuent des repas à une population affamée, nous ne faisons pas que soutenir activement la population palestinienne. Nous luttons aussi contre l’antisémitisme. Dans les faits.
Enfin, l’UJRE n’a pas apprécié notre communiqué sur Manouchian. L’UJFP n’est pas la seule association à estimer qu’il y avait un côté obscène à voir un gouvernement légalisant la préférence nationale et annonçant la fin du droit du sol s’autoproclamer garant de la mémoire de la MOI. En plus, il a osé faire porter les cercueils par la Légion Étrangère.
Lors de la cérémonie à la mémoire des 4 FTP-MOI d’Arcueil, le maire de cette ville a développé les mêmes arguments que l’UJFP.
L’UJRE écrit que les FTP-MOI étaient des « patriotes ». Non, ils étaient des internationalistes. Ces étranger.es pensaient que leur émancipation passait par celle de l’humanité. Nous aussi, c’est tout le sens de notre engagement.
Les antinazis ont juré après 1945 : « plus jamais cela ». Nous sommes fidèles à leur mémoire en combattant les auteurs du génocide actuel et leurs complices. En considérant que le sionisme n’est pas seulement criminel contre les Palestinien.nes, mais est suicidaire pour les Juifs.ves et est aussi une injure à leur histoire et à leur identité, nous sommes fidèles à la mémoire des FTP-MOI.
La Coordination nationale de l’UJFP, le 27 février 2024
Alliance pour l’Emancipation Sociale (AES)(*) et les Amis du cinéma de Vesoul
vous invitent à un ciné-débat
VESOUL cinéma Majestic
Vendredi 23 février 2024 à 20h15
Par la fenêtre ou par la porte
film de Jean-Pierre Bloc
suivi d’un débat en présence de
Sabine VERDANT
CGT France Télécom/Fapt (Belfort)
La
florissante entreprise publique PTT des années 1960 est lentement
privatisée dès les années 1980. En 1990, elle est cassée en deux
établissements publics, la Poste et France Télécom. En 1997
(gouvernement Jospin), France Télécom entre en Bourse. Commencent des
décennies de combat contre les dirigeants dont l’unique boussole est le
cours de l’action. En 2005, Didier Lombard, nouveau Pdg, décide de
pousser 22 000 agents au départ « par la fenêtre ou par la porte ». Le Parquet a recensé, entre 2005 et 2010,
39 victimes : 8 dépressions, 12 tentatives de suicide, 19 se sont donné
la mort. S’y ajoutent les invisibles, ceux qui, cassés, ont plié ou
sont partis. Le 30 septembre 2022, se clôt en appel
« l’affaire des suicides de France Télécom/Orange » : première
condamnation pénale de dirigeants du CAC 40 pour « harcèlement moral institutionnel ».
Ce documentaire donne la parole aux syndicalistes, salariés, racontant
leur lutte pour la dignité au travail. Il pose également la question du
travail, sa finalité, son sens et les conditions dans lesquelles il se
réalise. Venez en débattre.
avec le soutien des Amis du Monde Diplomatique Nord Franche-Comté et de la CGT-FAPT (Fédération des salariés des Activités Postales et de Télécommunications) du Territoire de Belfort
(*) "Pour l'Émancipation Sociale" c'est aussi une revue qui paraît tous les deux mois. Abonnement à l'année : 25 euros. Son grand intérêt pour moi c'est qu'elle est courte : une trentaine de pages, reprenant l'essentiel des informations. Et surtout ceci : quand elle aborde un sujet d'actualité, elle prend le temps de le resituer dans toute son histoire. Ce que peu de médias, pris par l'immédiat, prennent le temps de faire.
La revue "Pour l'émancipation Sociale" (76, avenue Carnot 70200 LURE. tél : 03 84 30 21 06). Il est possible de recevoir une version internet pour 6 euros l'année !!
Merci Christine et Nicolas pour cet hommage à un lieu unique d'ouverture, d'humanité, de création, de résistance... et à des personnes uniques Sonia et Mauro.
J’ai vu ce magnifique texte de Nicolas Turon partagé sur Facebook par Mauro et je le copie ici :
GUEULARD
Mardi
6 février 2024
Le gueulard est à la fois le trou au sommet d’un haut fourneau par
lequel était chargé le minerai de fer et le coke, par lequel s’échappait
aussi le gaz de haut fourneau, et la sonnerie qui rythmait la journée
des ouvriers.
« Gueulard » comme la grande gueule qui crie notre histoire passée :
anthropomorphiser nos cathédrales d’acier permet de les amadouer un peu,
et de leur reconnaître un cœur qui, d’incandescent, est à présent passé
au glacé.
Le gueulard fut la bouche du Graoully, un trou de la baleine, un bec
Bunsen, un cri de ralliement ; il est aujourd’hui un témoin muet, un
aphone, gueule de bois pour gueule d’acier.
Mais il existe un café-concert où se retrouvent encore ceux qui cèdent
aux sirènes du lien social, lointain écho de celles de l’usine : le
Gueulard de la rue Clemenceau à Nilvange a été pensé dès le départ comme
un lieu de culture de proximité, ouvert aux découvertes et aux
échanges.
Nous sommes en 1984 : à Londres, Georges Orwell se retourne dans sa
tombe, heureux d’avoir été si visionnaire, à Tunis, on se bat pour du
pain et en Moselle, l’industrie sidérurgique bat de l’aile. Une dizaine
d’amis désireux d’engager une initiative citoyenne et artistique
rebaptisent le bar qu’ils viennent d’acheter en coopérative. Sur le
modèle de la sociabilité ouvrière, dans le temps du hors-travail, ils
imaginent une activité de café mêlée à une programmation artistique,
devenant les cousins de Chez Paulette à Pagney-derrière-Barine ou du No
Man’s land à Volmerange-les-Mines.
Au bar, on peut refaire le monde, en voyant celui du dehors s’écrouler.
Depuis 40 ans, on trouve Mauro derrière le comptoir, qui permet aux
artistes de venir continuer de gueuler de la musique et des mots. La
scène est un labo, un lieu de test, un crash-test : on jette sur scène
notre minerai culturel (avec ou sans coke), en espérant que la fusion
avec le public se fasse.
Allez donc écouter les artistes au Gueulard, à Nilvange, et surtout les
femmes et les hommes derrière le bar. Mauro, Sonia ou Enzo ne parlent
pas fort ; leur histoire gueule pour eux.
Pour lire et entendre ce témoignage sur France Bleu cliquez sur :
Voici également le lien partagé sur Facebook par Mauro :
Paroles de la chanson Arriver à rêver par Tiken Jah Fakoly
Faudrait arriver, arriver
A rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
A imaginer le monde d'après
Faudrait arriver, arriver
À rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
À enfin changer le monde pour de vrai
Le soleil se lève partout pareil
On nous promet mondes et merveilles
Pas le temps de penser, pas le temps de rêver
Juste le temps d'aller travailler
Le monde est tel qu'on le laisse
Livrer au vent et au sècheresse
À peine le temps de respirer
Que tout ne fait que s'empirer
Faudrait arriver, arriver
A rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
A imaginer le monde d'après
Faudrait arriver, arriver
À rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
À enfin changer le monde pour de vrai
Nos enfants comptent bien sur nous
Mais nous on pense surtout à nous
La terre il n'y en a qu'une
Ne promettons pas la lune
Comment imaginer la suite
En avançant prendre la fuite ?
Comment rendre le monde respirable
Comment rendre la vie supportable
Faudrait arriver, arriver
A rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
A imaginer le monde d'après
Faudrait arriver, arriver
À rêver, à rêver
Arriver, oui arriver
À enfin changer le monde pour de vrai
Ce soir sur FR3 Lorraine j'ai vu la vidéo de la vidéo retranscrite ci-dessous sur le site de FR3. Les paroles sont fidèlement rapportées sauf les dernières phrases. De mémoire, en substance elles disent ceci : "Il faut absolument que les gouvernements des autres nations cessent toutes relations avec le gouvernement israélien et cessent aussi de livrer des armes à Israël tant que les Israéliens ne se seront pas débarrassés de leur gouvernement actuel."
Spécialisé dans la médecine de guerre, le
Messin Raphaël Pitti a effectué une mission de deux semaines dans la
bande de Gaza. Il y a notamment aidé ses collègues médecins de l'hôpital
européen de Khan Younes, au sud de la région. Il raconte une situation
chaotique et son inquiétude face à la situation humanitaire sur place.
Ce n'est pas sa première fois sur le terrain, loin de là.
Raphaël Pitti est un ancien médecin militaire qui connaît bien les zones
de conflits. Il s'est engagé dans l'action humanitaire il y a plus
d'une dizaine d'années et s'est rendu une trentaine de fois en Syrie,
pour y former à la médecine de guerre et de catastrophe, avant de
reproduire l'expérience, en avril 2022, en Ukraine. Pourtant, il n'avait
jamais vécu une situation aussi difficile que celle de Gaza. Après
s'être retrouvé face au refus d'autorisations pour s'y rendre, il a pu
entrer sur le territoire avec son équipe pour une mission de deux
semaines, du 22 janvier au 6 février 2024. Il témoigne, au micro de
notre journaliste Catherine Reggianini, encore secoué par ce qu'il vient
d'y vivre.
Qu'est-ce qui a motivé votre décision de vous rendre à Gaza ?
Lorsque l'on a vu la contre-attaque
des Israéliens et la manière dont ils procédaient par rapport à ces
populations, il était clair qu'elles avaient besoin d'être prises en
charge sur le plan humanitaire et donc, avec les ONG, nous avons voulu y
aller. Sauf qu'on a été confronté au refus des Israéliens de laisser
entrer les ONG internationales. Alors, nous
avons créé un collectif en disant : c'est inacceptable ! Sur le plan
humanitaire, ce n'est pas possible qu'on empêche les ONG de faire leur
travail. Personne n'a le droit de les empêcher de rentrer. Or, c'est ce
qui s'est passé.
Pouvez-vous décrire la situation à l'hôpital, celle à laquelle vous avez dû faire face ?
À notre arrivée à l'hôpital européen,
il y avait une énorme foule qui était là. Quand elle s'est rendue
compte que nous étions des étrangers et que nous avions réussi à entrer
dans la Bande de Gaza, ça a été une sorte d'éclat de joie, comme si nous
étions une force libératrice. Et c'était vraiment très touchant.
Dans l'hôpital, il
y avait plus de 3 000 personnes qui vivaient, partout, dans les
couloirs, les escaliers, si bien qu'on pouvait à peine circuler durant
la nuit. Et c'est pire que ça. C’est-à-dire que la nuit, comme il
faisait froid à l'extérieur, beaucoup rentraient dans l'hôpital pour
pouvoir dormir au chaud et éviter éventuellement les bombardements qui
étaient constants. Il y avait aussi le bruit particulier d'un drone de
surveillance qui était là jour et nuit. C'était une espèce de gros
bourdonnement qui tournait en permanence. Et là-dessus, vous avez des ambulances qui arrivent à toute vitesse. Alors, on
descend les victimes des bombardements ou des tirs de snipers et là,
c'est vraiment une situation épouvantable. Les soignants arrêtent de
soigner les patients qui sont aux urgences pour des pathologies aiguës.
Mais il n'y a plus de place, plus de boxe pour l'arrivée des
polytraumatisés. Alors, où sont les polytraumatisés ? Par terre. On est
obligés de soigner les traumas de la face, les brûlés, les amputés
traumatiques, par terre.
C'est une situation exceptionnelle, jamais vécue avant. Bien
évidemment, les règles d'hygiène ne sont pas respectées. C'est très
sale partout et il y a beaucoup d'infections. Les patients qui ont subi
une intervention chirurgicale reviennent ensuite avec des infections
parce qu'ils n'ont pas les moyens
d'avoir une hygiène suffisante. Et ce qui n'a pas été amputé, doit
l'être parce qu'il n'y a pas d'autre possibilité. Avant
de partir, j'ai vu un enfant de trois ans amputé du bras gauche, amputé
des deux jambes, quel est l'avenir de cet enfant dans ce pays dévasté
par cette violence ? Et sur le
plan éthique, il y a le problème du tri. Les urgences immédiates ne sont
pas prises en charge. Par exemple, les victimes des snipers qui
tiraient systématiquement dans le crâne, on n'a pas d'autre choix que de les laisser mourir. Parce que l'on doit économiser la morphine, les sédatifs, etc.
Selon vous, quels sont les besoins d'urgence sur place ?
Le cessez-le-feu.Il
faut absolument assurer cette population. Les bombardements sont
constants jour et nuit. Le droit humanitaire international n'est
absolument pas respecté. L'aide humanitaire ne peut pas rentrer. Donc,
on est dans une situation inacceptable sur le plan humanitaire, sur le
plan du droit humanitaire international. Puis, il manque de tout en
termes de médication. Il faudrait
pouvoir prendre en charge les besoins de santé primaires, c’est-à-dire
les pathologies aiguës et saisonnières liées aux conditions de vie,
comme les bronchites chez les enfants. Il y a aussi les pathologies
chroniques qui ont besoin d'être prises en charge. Enfin, il faut
soulager les hôpitaux. L'idée pour nous, était de mettre en place des
centres de soins primaires pour désengorger les hôpitaux.