Le harcèlement d’origine scolaire réduit par la classe immune
Un sujet titille ma petite cervelle, me tarabuste même : le rapport entre le degré de violence institutionnelle dans une école et le taux de harcèlement y constaté ; ma conviction est faite puisque j'ai initié, il y a 33 ans, une école publique belge (communale à Buzet-Floreffe) où le harcèlement est quasi inexistant car non violente car sans notes, ni donc de bulletins habituels, sans punitions, sans redoublements, sans dénonciations aux parents (sauf cas exceptionnels) mais avec des activités de recherche créatives et solidaires en groupes souvent hétérogènes, des devoirs au choix non obligatoires à partager le lendemain pour instruire les autres, l'usage du portfolio, du théâtre, de la musique, de la classe du dehors, ETC. bref, une école surtout culturelle, largement déscolarisée.
Quand cette culture de paix, de liberté, d'entraide dans tous les apprentissages a été intensément vécue, c'est le groupe des élèves lui-même qui s'est autorégulé, qui a éteint les conflits naissants, qui a largement empêché un harcèlement de se développer ; il a produit les anticorps à la violence car il a intégré profondément la notion de solidarité. Là, pas de règlement, un seul impératif ; l’entraide.
Une école immune
Une classe, une école ce sont des corps vivants, donc exposés, comme le corps humain, à des désagréments. L’oncologie et la pédagogie semblent se rejoindre par le remède appelé l’immunothérapie. Comme le cancer est entravé par les anticorps qu’on lui donne et par l’autodéfense qu’il s’est construite, le harcèlement scolaire est enrayé par une autoprotection du groupe qui se construit pour devenir immune. Cependant si la médecine injecte un produit largement salvateur, la pédagogie doit recourir à la persuasion lente, à commencer par celle des professeurs. Ceux-ci sont d’anciens élèves imbibés donc de violence scolaire banale comme la notation arbitraire, les punitions sans recours (le fait du Prince), les redoublements qui arrachent. Sans un intense travail sur soi, le professeur reproduit ce qu’il a vécu comme élève, inconsciemment. Dans ce climat, bien des enseignants stigmatisent publiquement tel ou tel élève soit en le valorisant, soit en l’humiliant... ce que les autres élèves perçoivent. Ainsi le fort en thème et le cancre ou le rebelle sont-ils des cibles désignées pour les harceleurs contrariant ou épaulant l’autorité. Il arrive même que des professeurs prennent certains élèves en grippe, ouvertement maltraitants à leur tour. De plus, les témoins d’un harcèlement, les condisciples de la victime, n’interviennent que rarement pour défendre leur malheureux compagnon ; ils vivent dans un milieu si habituellement concurrentiel qu’ils ne pensent pas à leur devoir d’assistance à personne en danger. Ils font même parfois chorus avec le tracassier. J’ai inspecté les écoles pendant dix-huit ans et dans l’une d’elles, j’ai constaté dans chacune des douze classes, qu’il y avait ce que les enseignants appelaient le banc d’infamie. J’ai souvent pris place à-côté de l’exclus et j’ai été surpris d’entendre le paria avouer sa culpabilité. Il se disait aussi rejeté par les autres.
Au-delà de l’école
Les réseaux sociaux prennent le relais du harcèlement dont l’école est le terreau ; donc si ce fléau est annulé par une action longue du corps professoral imprégné de non violence institutionnelle et de solidarité, le cyber harcèlement tombera en désuétude. Faute de substrat, la plante invasive se meurt. D’autres lieux de socialisation comme les clubs sportifs, les académies, les mouvements de jeunesse, les colonies de vacances requièrent également la vigilance des éducateurs.
Heureusement, d’autres remèdes existent conjointement
Comme le cancérologue utilise, outre l’immunothérapie, la chimio, les rayons voire la chirurgie, l’entourage éducatif du harcelé prodigue les soins de spécialistes, psychologues et autres médecins de l’âme. Un changement d’école est parfois nécessaire et même une action judiciaire peut être requise pour punir et dissuader les persécuteurs. Des campagnes se sensibilisation à la détresse des tourmentés et aux mesures de prévention peuvent se montrer utiles car certains cas sont extrêmes. Ainsi, la fille de mon neveu adolescente, sans doute harcelée, s’est suicidée sans aucun signe précurseur ; aucune enquête n’a été diligentée pour expliquer le drame Je ne puis m’empêcher de penser que si ma chère Perrine avait baigné dans la douceur d’une vigilance développée par ses condisciples à l’instigation de ses professeurs, elle serait restée pour nous tous ce rayon de lumière. Bref
Une école immune, gage de non harcèlement, est possible partout car tous les éducateurs sont capables de construire un monde fraternel.
Charles Pepinster Groupe Belge d’Education Nouvelle Contacts : pepinstercharles@yahoo.be Sites : gben.be et panote.be