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| Photo Oinoleboso |
Alors elle revient aux carnets.
Doucement d’abord. Comme à la dérobée.
Fautive.
Dans les premières pages, elle colle des photographies de l’enfant.
Puis, un peu plus loin, des fragments de peinture.
Avec parfois une phrase d’un livre aimé.
Un galet dans l’eau vive des lectures.
Les images se font plus rares.
Les phrases s’agrandissent.
Toujours des citations –qu’elle corrige quelquefois.
Elle dit : rectifié. Ça, c’est du Paul Eluard rectifié. Et ça, de l’Apollinaire, rectifié aussi.
Elle change un mot, exile une virgule pour atteindre plus de fraîcheur.
La convalescence se poursuit.
La greffe prend bien.
Elle renoue peu à peu avec sa voix, d’abord couverte par celle des autres.
Enfin elle n’écrit plus qu’elle-même.
Seule et chantante. Désespérée et riante.
L’enfant sommeille dans la chambre à côté.
L’enfant qui bientôt la quittera.
Extrait d'Une Petite robe de fête de Christian Bobin
Première parution en 1991. Collection Folio (n° 2466), Gallimard.
Allez aussi sur Rhizomes qui publie d' autres textes de Christian Bobin
30 ans cette année que je vis des ateliers d'écriture et de
création d'abord dans le Gfen (Groupe Français d'Éducation
Nouvelle "Toutes et Tous Capables") et, depuis 2005, dans
les Oinoleboso ("Jamais Nommées de l'histoire nous sommes
toutes des personnes historiques").
Ce que Christian Bobin écrit là me semble correspondre à
notre parcours, toutes ces lectures, créations, nourritures
partagées. Dès que nous lisons nous réadaptons à ce que
nous sommes, nous le modifions peu à peu et enfin nous
prenons en considération véritable cette voix unique au
fond de nous, unique et solidaire. Tout le monde le fait en lisant,
mais c'est d'en avoir conscience qui fait la différence. Nous devons
comprendre mais aussi transformer le monde: le lire et aussi
l'écrire.
Marie-Claude nous a fait vivre un atelier Gfen appelé
"Bricolage Littéraire" où, par les consignes données
(ressemblant à un jeu) et les coopérations entre
participantEs, nous finissions par écrire
vraiment de manière originale et solidaire. René